• 9 juin 2026
  • N'Djamena

Baccalauréat 2026 : à Moundou, 23 détenus composent les épreuves dans un élan de réinsertion sociale

Baccalauréat 2026 : à Moundou, 23 détenus composent les épreuves dans un élan de réinsertion sociale

Dans une salle sobre de la maison d’arrêt de Moundou, le silence a remplacé, ce mardi matin, le tumulte habituel du milieu carcéral. Assis derrière leurs tables, 23 détenus sur les 25 candidats inscrits affrontent les épreuves écrites du Baccalauréat session de juin 2026. Concentrés, ils reçoivent les dernières consignes avant l’ouverture des enveloppes. Chaque copie rédigée porte l’espoir d’un nouveau départ.

Cette scène, encore rare dans les établissements pénitentiaires tchadiens, s’inscrit dans une dynamique engagée depuis 2021 au sein de ce centre pénitentiaire du Logone Occidental. Chaque année, des détenus sont accompagnés vers les examens officiels qui sont le Brevet d’Enseignement Fondamental et le Baccalauréat. Malgré des conditions d’études difficiles, les candidats se disent confiants et jugent les sujets accessibles.

À l’origine de cette initiative, Naissengar Ngardoloum Romain, Coordonnateur chargé des activités socio-éducatives, culturelles et sportives au service de la réinsertion sociale. Il explique comment tout a commencé : « Après mon affectation en octobre 2020 dans cette maison d’arrêt, j’ai pris contact avec les détenus pour recueillir leurs besoins afin d’établir mon plan d’action. Et c’est en ce moment que j’ai remarqué qu’ils éprouvent le besoin de fréquenter. C’est ma première source de motivation pour créer ce centre de formation ».

Mais les obstacles sont nombreux. « Nous avons commencé avec beaucoup de difficultés, malgré que les résultats aux examens étaient satisfaisants. Nous ne fonctionnons qu’avec les détenus volontaires qui ont un niveau ou des enseignants incarcérés, avec notre propre documentation qui est insignifiante », reconnaît-il.

Le Coordonnateur formule un appel pressant aux autorités et partenaires : « La maison d’arrêt de Moundou regorge de beaucoup de jeunes et je demande à l’État, aux ONG et aux personnes de bonne volonté de nous aider à les former pour une réinsertion sociale responsable, pour ne pas qu’ils récidivent et qu’ils reviennent encore en prison ».

Un plaidoyer que partage le directeur adjoint de l’établissement, Damdai Djoub-douna, qui rappelle le cadre institutionnel : « C’est depuis 2003 que l’État a pensé à la rééducation des détenus pour leur permettre de bénéficier de certaines formations dans les centres pénitentiaires ». Il insiste sur la nécessité d’aller plus loin : « Nous devons systématiser l’alphabétisation dans les maisons d’arrêt pour permettre aux détenus qui n’ont pas de niveau d’apprendre à lire et à écrire, ou d’apprendre au moins un métier ».

L’objectif affiché est clair est qu’à sa sortie, chaque détenu soit rééduqué et responsable. Mais le centre manque encore cruellement d’outils didactiques. Les responsables appellent à une collaboration renforcée avec les institutions éducatives pour soutenir ces jeunes en quête de rédemption. Une initiative porteuse d’espoir, qui mérite le soutien de toute la communauté.

Dingaorané Stephane, Correspondant