À Pala, dans le Mayo-Kebbi Ouest, la campagne agricole 2025-2026 livre ses toutes premières promesses. Sur les pistes rurales qui mènent à la ville, les marchés et dans les rues, le manioc frais fait une apparition en force et inonde déjà les étals. Une aubaine pour de nombreuses femmes et jeunes filles qui se rendent directement dans les champs pour s’approvisionner avant de revendre la précieuse marchandise en ville.
Sur les pistes rurales qui mènent à Pala, le décor a changé. Désormais, le manioc s’offre à chaque passant, mais c’est au cœur des marchés de la ville que l’ambiance devient électrique. Les étals, surchargés de tubercules frais, sont pris d’assaut par une clientèle impatiente de goûter à la nouvelle récolte. Dans les rues, le spectacle est le même : de jeunes filles déambulent fièrement, des bassines lourdement chargées en équilibre sur la tête, proposant le produit au plus offrant.
Pour ces revendeuses, tout commence dès l’aube à quelques encablures de la ville. Elles se rendent directement dans les plantations, aident à déterrer le manioc, puis négocient les prix avec les producteurs. Elles assurent ensuite le transport vers la ville, à moto ou sur la tête. Un travail difficile, mais mené avec passion. Pour beaucoup, c’est une question de survie, mais aussi de transmission. « Nous allons directement au champ pour déterrer le manioc. C’est ce qui nous permet de faire vivre nos familles. Beaucoup de personnes refusent de faire le commerce du manioc, estimant que ça rend très sale. Moi, je m’en sors bien. Ma maman a vendu le manioc avant moi ; je compte initier ma fille à vendre le manioc, c’est très bénéfique », a déclaré le vendeuse ALNODJI ADELINE.
Du côté des cultivateurs, en revanche, l’ambiance est plus mitigée. Si la terre a été généreuse, la baisse actuelle du prix des céréales sur le marché fragilise la rentabilité globale de leur saison agricole. « Je laboure le manioc depuis des dizaines d’années. Ça marchait bien avant, mais ces derniers temps, c’est difficile. La récolte est bonne, mais l’argent manque sur le marché à cause de la chute du prix des céréales sur le marché qui affecte également le manioc. Tout de même, on trouve notre compte », a indiqué OÏMANE VAÏSSINE, planteur de manioc à Pala.
Malgré ces défis économiques, l’optimisme reste de mise chez les consommateurs. Comme le dit un adage populaire bien connu dans le Mayo-Kebbi Ouest : « Quand le manioc fait son apparition, la famine disparaît. »


Oumarou Abba, Correspondant

