À Moundou, un savoir-faire ancestral connaît un regain d’intérêt inattendu. Autrefois cantonnée aux personnes âgées et aux personnes déficientes visuelles, la fabrication artisanale de lits picots et de chaises de jardin séduit désormais une jeunesse déterminée, âgée de 13 à 25 ans.

Le long d’une artère goudronnée de la ville, les gestes se transmettent d’une génération à l’autre. Les doigts glissent avec précision sur les fils de nylon, les regards restent concentrés sur l’ouvrage et peu à peu, le métal prend forme pour devenir un mobilier utile. Pour ces jeunes artisans, cette activité est bien plus qu’un simple gagne-pain : elle permet de financer les études, de subvenir aux besoins de la famille et de retrouver confiance en l’avenir. Un lit pick-up réalisé coûte 30.000 FCFA.
Formé à N’Djamena, Mbaihodji Mbairé Dieudonné revendique avec fierté ce métier qu’il souhaite transmettre à son tour. « C’est un travail qui nous aide à payer nos fournitures scolaires, nos habits et nous nourrir. Je suis fier de le pratiquer », confie-t-il, avant de lancer un appel à ses pairs : « Nous appelons tous les jeunes de notre génération qui veulent apprendre de venir se faire former. Nous ne pouvons pas tous attendre l’État pour travailler ».
Mais cet élan se heurte à des obstacles majeurs. Mbaihadoum Mbairé Francis pointe le manque d’outils et le coût élevé des matériaux, acheminés depuis la capitale. « Nous avons la volonté de travailler et de transmettre ce savoir-faire, mais nous sommes confrontés à un manque d’outils et au coût très élevé des matériaux qui viennent de N’Djamena. Cela ralentit considérablement notre activité », explique le jeune artisan.
Malgré ces difficultés, l’ambition demeure intacte : « Notre rêve est de créer un véritable atelier où d’autres jeunes pourront apprendre ce métier, préserver cet héritage artisanal et trouver une alternative au chômage et à la délinquance ».

Ces artisans ne tissent pas seulement des lits et des chaises : ils tissent des destins, convaincus que chaque métier appris ferme une porte au chômage.
STEPHANE DINGAORANE, Correspondant

