• 3 juin 2026
  • N'Djamena

N’Djamena : la hausse des taxes municipales provoque la colère des commerçants

N’Djamena : la hausse des taxes municipales provoque la colère des commerçants

Au Marché à Mil, le silence contraste avec l’effervescence qui anime habituellement les lieux. Derrière les boutiques fermées, des commerçants échangent, visiblement préoccupés par une situation qu’ils jugent de plus en plus difficile à supporter. Pour eux, cette fermeture n’est pas un simple mouvement de protestation, mais un véritable cri d’alarme. « Nous avons fermé nos boutiques parce que les taxes sont devenues trop élevées. Nos activités ne génèrent plus les mêmes revenus qu’avant et nous avons du mal à faire face à toutes ces charges », explique Younouss Youssouf, commerçant.

Comme lui, de nombreux vendeurs affirment que leurs bénéfices diminuent alors que les dépenses ne cessent d’augmenter. Certains disent peiner à couvrir les besoins essentiels de leurs familles malgré de longues journées passées derrière leurs étals. Au marché Alafia, communément appelé « Souk Choléra », le constat est similaire. Les boutiques fermées se succèdent et les commerçants rencontrés expriment un profond sentiment d’injustice.

Beaucoup estiment que les nouvelles taxes ne tiennent pas compte de la réalité économique à laquelle ils sont confrontés au quotidien. « Ce n’est pas nous qui avons fermé les boutiques, c’est la mairie. Nous voulons travailler, pas fermer nos commerces. Mais lorsque les charges deviennent trop lourdes, il faut se faire entendre », confie un commerçant.

La même colère est perceptible au marché de Dembé, où de nombreux vendeurs ont également suspendu leurs activités. Pour eux, cette mobilisation constitue avant tout un appel au dialogue. Ils souhaitent que leurs préoccupations soient prises en compte avant que la situation ne se détériore davantage.

Derrière chaque boutique fermée se cache une famille : des parents qui doivent assurer la scolarité des enfants, couvrir les dépenses du foyer ou encore soutenir des proches dépendant entièrement des revenus du commerce. Pour beaucoup, chaque journée sans activité représente une perte importante. Pourtant, ils affirment avoir choisi ce sacrifice pour défendre leur avenir.

Du côté des autorités municipales, cette révision des taxes est présentée comme un moyen de mobiliser davantage de ressources afin d’améliorer les infrastructures marchandes. « Nous considérons que tous les marchés de N’Djamena sont des marchés de référence. La commune de la ville de N’Djamena et le Conseil municipal ont souhaité engager des réformes pour moderniser les infrastructures marchandes. C’est dans cette optique que le Conseil municipal a décidé d’harmoniser les taxes appliquées dans les différents marchés. Le mètre carré est fixé à 25 000 francs CFA par hangar ou boutique », a expliqué le chef du service du recouvrement de la Commune de N’Djamena, Ngarmadjimer Mamadi Ngarkelo.

chef du service du recouvrement de la Commune de N’Djamena, Ngarmadjimer Mamadi Ngarkelo

Selon lui, les recettes générées permettront de répondre à plusieurs préoccupations régulièrement soulevées par les commerçants. « Les commerçants demandent notamment l’assainissement des marchés, leur électrification, le curage des caniveaux et le dégagement des voies d’accès. La Commune ne peut réaliser ces travaux sans ressources financières. Il nous faut des moyens », a-t-il ajouté.

À travers ce mouvement, les commerçants des différents marchés de N’Djamena ne réclament pas uniquement une révision des taxes. Ils demandent avant tout à être entendus. Leur espoir est qu’un dialogue s’engage rapidement avec les autorités afin de trouver un compromis permettant de préserver à la fois les recettes publiques et l’activité de milliers de commerçants qui contribuent au dynamisme de l’économie locale.

Soliri Charlotte