Dès les premières heures de la journée, le marché Guelkol de Moundou s’anime. Entre les clandomen, les commerçants et les clients, Abdoulnasser Djimbaye se fraye chaque jour un chemin en poussant son porte-tout, souvent chargé de fagots, de fûts, de sacs de légumes ou de produits maraîchers. À 19 ans, ce nouveau bachelier a choisi de gagner sa vie grâce à ce métier de pousseur, qu’il exerce depuis la classe de troisième.
Son entrée dans cette activité est née d’un besoin simple. Il lui manquait 150 francs CFA pour photocopier ses cours. Un voisin lui propose alors de transporter des marchandises. Deux voyages plus tard, il empoche 1 250 francs CFA. Cette première expérience lui révèle qu’il peut financer lui-même une partie de ses études.
Le regard des autres m’importe peu…
Dans une ville où de nombreux jeunes peinent à trouver un emploi, Abdoulnasser assume pleinement son choix. Les moqueries et le regard de certains camarades ne l’ébranlent plus. Pour lui, aucun travail honnête n’est déshonorant. Il préfère compter sur ses propres efforts plutôt que dépendre des autres. « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt », répète-t-il. Malgré les critiques de ses amis et des habitants du quartier, Abdoulnasser n’a pas abandonné son rêve. « Le regard des autres m’importe peu, parce que je sais ce que je veux dans la vie. Le mode de vie que j’ai choisi n’est tout simplement pas le même que celui des autres. »

Les revenus varient selon l’affluence du marché et les périodes de récolte. Certaines journées lui rapportent à peine 2 000 francs CFA, tandis que d’autres dépassent les 10 000 francs CFA. Malgré cette irrégularité, il parvient à prendre en charge près de 70 % de ses dépenses personnelles et soulage ainsi sa famille.
À travers son parcours, ce jeune Moundoulais lance un appel à la jeunesse tchadienne. Il invite chacun à valoriser le travail, même dans le secteur informel, convaincu que la dignité se construit par l’effort, la persévérance et le courage, plutôt que par le regard des autres. « Beaucoup de jeunes ont leurs deux bras, mais préfèrent voler parce qu’ils recherchent la facilité. Pour moi, c’est cela le véritable handicap. Un handicapé n’est pas seulement celui qui a perdu ses mains ou ses pieds, mais aussi celui qui refuse de mettre ses capacités au service d’un travail honnête. C’est pourquoi je dis aux jeunes que la facilité n’est jamais la bonne voie », déclare-t-il.
Dingaorané Stephane, Correspondant

