Les autorités du département des Monts de Lam ont lancé, le 18 avril à Baïbokoum, une vaste campagne de sensibilisation consacrée à la cohabitation pacifique et au vivre-ensemble. Menée en partenariat avec l’Organisation Non Gouvernementale(ONG) Concordis et l’entreprise TOTCO, l’initiative a été présidée par le Délégué général du gouvernement auprès de la province du Logone oriental, Toké Dady.

Autour des autorités administratives, les élus locaux, chefs traditionnels, responsables religieux, leaders politiques et représentants de la société civile ont répondu présents. De nombreux jeunes et femmes ont également participé à cette cérémonie placée sous le thème : « Zéro dévastation, zéro conflit », avec un accent mis sur la prévention des affrontements communautaires.
Selon les organisateurs, l’objectif est de réduire des tensions récurrentes qui secouent ce département depuis plusieurs décennies et ont causé d’importantes pertes humaines et matérielles.
Le préfet des Monts de Lam, Idriss Souleymane Bouyeme, a salué l’appui des autorités provinciales dans cette recherche de la stabilité. Il a rappelé que la zone reste confrontée aux coupeurs de route, aux vols à main armée, à la circulation d’armes de guerre ainsi qu’aux enlèvements contre rançon. Il a aussi dénoncé la rétention d’informations, appelant les habitants à collaborer davantage avec les forces de sécurité. « L’un de nos majeurs problèmes, c’est aussi la rétention de l’information. Si les informations sont remontées à temps, nos vaillantes forces de l’ordre et de sécurité sont en alerte pour secourir la population », a-t-il relevé.

Pour le chef de base de Concordis, Amadou Bello, les solutions doivent venir des communautés elles-mêmes. « Les conflits sont communautaires, les solutions doivent être communautaires également. C’est pourquoi nous nous appuyons sur ces communautés locales notamment les leaders communautaires, les jeunes, les femmes, les chefs traditionnels et les comités qui existent déjà pour assurer la médiation des conflits plutôt que de faire intervenir une tierce personne », insiste-t-il. Il plaide pour une médiation portée par les chefs traditionnels, les jeunes, les femmes et les comités locaux déjà existants.
Le directeur général de TOTCO, Doumngar Maurice, a annoncé plusieurs actions en 2026 dans le cadre de cette campagne notamment la promotion de la scolarisation des filles, la formation de relais communautaires et le renforcement des structures de gestion des conflits.
Toké Dady a, lui, estimé que l’injustice sociale demeure la principale menace à la paix. « Le Tchad, dit-il, n’a pas un problème de cohabitation pacifique parce que les Tchadiens mangent ensemble et fréquentent les mêmes marchés, les mêmes hôpitaux et montent dans les mêmes camions. Le seul problème, le seul maillon de la chaine qui scripte le fonctionnement la justice sociale ».

Le premier responsable de la province n’a pas mâché ses mots quant à la fragilité de la paix au Tchad : « Il n’y a pas de paix aux Tchad parce que le citoyen, il a raison mais à la justice, le Procureur donne autre chose parce qu’on a été la nuit chez le Procureur, le Préfet prend l’affaire autrement parce qu’on a été la nui chez lui. Ou bien, parce que ce sont les parents du Gouverneur ou parce que celui-ci a appelé et qu’il faut faire de cette manière : c’est de l’injustice ».
Il a appelé chacun à un examen de conscience et à promouvoir l’équité et la justice. Interpellé par les habitants sur les ponts attendus à Baïbokoum et sur l’emploi des jeunes, il a promis un suivi rapide des dossiers.

