• 27 juillet 2026
  • N'Djamena

Tchad : près de quatre jeunes sur dix restent sans emploi malgré la croissance économique

Tchad : près de quatre jeunes sur dix restent sans emploi malgré la croissance économique

Alors que l’économie tchadienne affiche une croissance de 5,6 % en 2025, le marché du travail continue de faire face à d’importantes difficultés. Dans un rapport intitulé “Note sur la situation économique du Tchad 2025”, la Banque mondiale estime qu’environ 37 % des jeunes âgés de 18 à 35 ans sont sans emploi et en recherche active, un niveau qui illustre les limites de la croissance économique lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’une création suffisante d’emplois.

Selon l’institution financière, cette situation s’explique principalement par le faible nombre d’opportunités d’emploi offertes aux jeunes diplômés et par l’inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins du marché du travail. Malgré les progrès enregistrés dans plusieurs secteurs économiques, la majorité des emplois demeure concentrée dans le secteur informel, caractérisé par une faible productivité et une protection sociale limitée.

La Banque mondiale souligne toutefois que certains secteurs présentent un potentiel de création d’emplois plus important. C’est notamment le cas des industries extractives, dont le développement récent, particulièrement dans les domaines de l’or et de l’antimoine, pourrait favoriser l’embauche d’une main-d’œuvre plus nombreuse et contribuer à la diversification de l’économie nationale.

Farouk Banna Mollah,, Représentant de la banque mondiale au Tchad

Au-delà du secteur minier, le rapport met en avant le rôle stratégique des micro, petites et moyennes entreprises (MPME). Celles-ci constituent l’essentiel du tissu économique tchadien, mais demeurent majoritairement informelles. Le secteur informel représente à lui seul 36,4 % du produit intérieur brut et concentre près de 96,9 % des emplois, ce qui limite la création d’emplois stables et formels. Les auteurs du rapport recommandent d’accompagner davantage les entreprises afin de favoriser leur croissance plutôt que de se limiter à encourager leur création.

Le développement du capital humain figure également parmi les priorités identifiées. La Banque mondiale relève un déficit important de compétences, notamment dans les métiers du numérique. Seuls 21 % des entreprises offrent des formations à leurs employés, tandis que 77 % d’entre elles déclarent avoir besoin de travailleurs davantage qualifiés dans les technologies numériques. Plus de la moitié des entreprises formelles n’utilisent toujours pas Internet pour leurs activités commerciales.

Pour inverser cette tendance, le rapport préconise de renforcer la formation professionnelle, d’adapter les cursus aux besoins du marché de l’emploi, de développer les compétences numériques et de soutenir davantage l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. Il recommande également la création de centres de développement des entreprises ainsi que la mise en place de mécanismes facilitant l’accès au financement des jeunes entrepreneurs.

La Banque mondiale estime que ces réformes seront essentielles pour transformer la croissance économique en emplois durables. Sans un secteur privé plus dynamique, un meilleur accès au financement et une montée en compétences de la jeunesse, les performances économiques risquent de ne pas produire les effets attendus sur le marché du travail.

Djimhodoum Serge