Le quartier 15 ans, situé sur les rives du Logone dans la ville de Moundou, traîne une réputation sulfureuse : insécurité persistante, délinquance juvénile, alcool, viol, vol et assassinats. Des comportements mal appréciés par les citoyens. Les habitants contestent pourtant ces amalgames.

Allarabeye Bodoumngar, jeune père de famille natif du quartier, pointe les débits de boissons : « L’insécurité commence généralement sur les débits d’alcool. Ce sont parfois des gens d’autres quartiers qui viennent boire la nuit et commettent des gaffes qui entraînent des tueries. C’est le nom des jeunes du quartier 15 Ans qui est terni ». Il interpelle les autorités : « Il faut électrifier le quartier et organiser régulièrement des patrouilles, car c’est la nuit que les bandits opèrent ».
Installé depuis 27 ans, Mbairam Félix, inspecteur pédagogique de l’enseignement primaire, partage ce constat. Selon lui, les rivalités entre jeunes venus consommer dans ce quartier animé chaque soir provoquent des bagarres et des malentendus autour des femmes se soldent parfois par des meurtres. Il regrette que les forces de sécurité n’interviennent qu’en cas de problème et plaide pour « renforcer l’équipe de la police sur place ».
Le chef du quartier 15 Ans II, Mbaitelem Bomian, défend la jeunesse et prône une responsabilité collective. En 2018, il a créé, avec d’autres chefs de quartier, l’Association des jeunes agents de sécurité civile du département de Lac-Wey, reconnue par les autorités administratives. « Pendant trois ans, nos jeunes ont bien travaillé avec les moyens de bord », assure-t-il. L’association a été suspendue après que le commissaire central sortant les a accusés de « former des rebelles ». Il déplore aussi que les bandits arrêtés soient vite relâchés et reviennent les menacer.
Assassinats, vols, braquages, viols et sorcellerie alourdissent ici le bilan des décès. Selon des témoins, la sensibilisation et l’appui des autorités militaires font reculer l’insécurité, mais le rétablissement durable de la tranquillité reste un défi.

