À l’ouverture de la 21ᵉ Session extraordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine, le Président burundais et Président en exercice de l’organisation panafricaine, Évariste Ndayishimiye, a placé la situation sécuritaire au Sahel au cœur de son discours. Il appelle les États africains à agir davantage en amont pour prévenir les conflits, plutôt que d’attendre leur escalade.
« Dans la région du Sahel, le peuple souffre », a déclaré le Président burundais Évariste Ndayishimiye, soulignant l’urgence de la situation sécuritaire sur le continent. À ses yeux, l’Afrique est aujourd’hui confrontée à des crises multiples et interconnectées, notamment le terrorisme, l’extrémisme violent, la criminalité transnationale organisée et les tensions entre États voisins.
Pour le Président en exercice de l’Union africaine, la situation au Sahel illustre surtout les limites d’une réponse qui intervient souvent après le déclenchement des violences. Il estime que le continent dispose déjà de nombreux mécanismes de prévention et de règlement des conflits, mais que ceux-ci doivent être utilisés plus efficacement. « Il est préférable de prévenir un conflit plutôt que de devoir le gérer après une escalade de la violence », a-t-il insisté.
Évariste Ndayishimiye considère que les crises actuelles imposent à l’Union africaine d’agir simultanément sur deux fronts : la prévention des nouveaux conflits et la gestion de ceux qui sont déjà installés. Au Sahel, a-t-il relevé, les populations continuent de subir les conséquences de l’insécurité. Cette situation, selon lui, démontre la nécessité de renforcer les mécanismes d’alerte précoce afin que les premiers signaux d’une crise débouchent rapidement sur des actions concrètes.
Le Président burundais estime également que les conflits ne sont pas uniquement provoqués par les armes. Ils peuvent prendre racine dans la mauvaise gouvernance, la faiblesse des institutions, l’exclusion politique, les inégalités sociales ou encore le manque de perspectives pour les jeunes. Pour lui, lutter contre la pauvreté, garantir une meilleure répartition des ressources et promouvoir la justice sociale constituent également des moyens de prévenir durablement les conflits.
Au-delà du Sahel, le Président en exercice de l’Union africaine a évoqué d’autres zones de conflit. Il a notamment cité le Soudan, où la guerre continue de provoquer d’importantes pertes humaines et matérielles, avec le risque d’une extension aux pays voisins. La République démocratique du Congo figure également parmi les préoccupations de l’Union africaine. Malgré les accords signés et les différents processus de paix engagés, les combats se poursuivent dans certaines régions du pays.
Face à ces crises, Évariste Ndayishimiye appelle à passer d’une culture de réaction à une véritable culture de prévention. Pour illustrer la possibilité de sortir d’un conflit durable, le Président burundais a présenté l’expérience de son pays, marqué pendant plusieurs années par des divisions et des violences.
Il a notamment rappelé l’importance de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation, signé en 2000, qu’il considère comme une étape majeure dans le processus de réconciliation et de stabilisation du Burundi. Selon lui, le dialogue, l’inclusion politique et la participation de toutes les composantes de la société ont contribué à tourner la page des divisions du passé. Le Burundi entend désormais partager cette expérience avec les autres pays africains confrontés à des crises similaires.
Le Président en exercice de l’Union africaine a par ailleurs insisté sur la question du financement des opérations de paix. Pour lui, les États africains ne peuvent pas porter seuls le poids des crises sécuritaires. Il plaide ainsi pour un renforcement du Fonds pour la paix de l’Union africaine et pour un financement africain « prévisible, durable et flexible » de l’agenda continental de paix et de sécurité.
La coopération entre l’Union africaine, les communautés économiques régionales, les États membres, les Nations unies et les partenaires stratégiques doit également être renforcée, tout en maintenant le principe de solutions africaines aux problèmes africains.
À Luanda, Évariste Ndayishimiye veut donc faire de cette session extraordinaire un rendez-vous tourné vers l’action. Il appelle à une Afrique capable d’anticiper les crises, de privilégier le dialogue et la médiation et d’investir davantage dans la réconciliation et la reconstruction après les conflits. « Cette rencontre doit donc être un moment de décision, et non de constat », a-t-il lancé. Pour le Président burundais, l’expérience de l’Angola, du Burundi et d’autres pays africains montre qu’aucun conflit n’est éternel lorsque la volonté politique de faire la paix l’emporte sur celle de faire la guerre.
Soliri Charlotte

