• 24 avril 2026
  • N'Djamena

Journée internationale de la langue maternelle: aux origines d’un combat pour l’identité linguistique

Journée internationale de la langue maternelle: aux origines d’un combat pour l’identité linguistique

Célébrée chaque année le 21 février, la Journée internationale de la langue maternelle trouve son origine dans des événements tragiques survenus en 1952 au Bangladesh. Cette date rend hommage aux étudiants tués alors qu’ils réclamaient la reconnaissance de leur langue maternelle, le Bengali.

À la suite de la partition de l’Inde en 1947, la province du Bengale est divisée selon les religions majoritaires : la partie occidentale rejoint l’Inde, tandis que la partie orientale devient le Bengale oriental, intégré au Pakistan sous le nom de Pakistan oriental. Cette nouvelle configuration politique fait émerger des tensions économiques, culturelles et linguistiques entre le Pakistan oriental et le Pakistan occidental.
En 1948, le Gouvernement pakistanais, dominé par les élites de l’Ouest, décrète l’ourdou comme unique langue nationale. Cette décision provoque une vive contestation au sein de la population du Pakistan oriental, majoritairement bengalophone. Malgré l’interdiction des manifestations, des étudiants de l’Université de Dhaka organisent un mouvement de protestation le 21 février 1952. Dans le même sillage, la police ouvre le feu sur les manifestants, tuant quatre étudiants.
Ces événements constituent un tournant majeur. Pour ce faire, le mouvement de défense de la langue bengali s’amplifie, au prix de nombreuses vies, jusqu’à aboutir à la reconnaissance officielle du bengali comme l’une des langues nationales du Pakistan en 1956. La question linguistique contribue par la suite à nourrir les aspirations indépendantistes. Après la guerre de libération de 1971, le Bangladesh accède à l’indépendance et adopte le bengali comme langue officielle. Les étudiants tombés en 1952 sont depuis honorés comme des martyrs de la cause linguistique et nationale.

Le 17 novembre 1999, l’UNESCO proclame officiellement le 21 février Journée internationale de la langue maternelle. La première célébration mondiale a lieu en 2000. Cette initiative est portée par Rafiqul Islam, un Canadien d’origine bengalie, qui avait adressé en 1998 une lettre au Secrétaire général des Nations Unies de l’époque, Kofi Annan, afin d’alerter sur la nécessité de préserver les langues menacées d’extinction.

Par ailleurs, l’Assemblée générale des Nations Unies déclare 2008 Année internationale des langues afin de promouvoir l’unité dans la diversité et le dialogue interculturel. En 2009, elle invite les États membres à renforcer les mesures de préservation et de protection des langues à travers le monde.

Chaque année, la célébration s’articule autour d’un thème mettant en avant la diversité linguistique et le multilinguisme. L’accent est notamment mis sur l’importance de l’enseignement dans la langue maternelle dès les premières années de scolarisation, un facteur déterminant pour améliorer l’accès à l’éducation et promouvoir l’équité, en particulier pour les peuples autochtones et les minorités linguistiques.

Au Bangladesh, cette journée est un jour férié national, connu sous le nom de Shohid Dibosh (« Jour des martyrs »). Des cérémonies officielles, notamment des dépôts de gerbes au Monument des martyrs, marquent cette commémoration. Au-delà de l’hommage, le 21 février demeure un symbole fort de la défense de l’identité culturelle et linguistique, ainsi qu’un appel mondial à la sauvegarde des langues maternelles.