Deux ans après l’installation des exécutifs provinciaux, la décentralisation continue de susciter autant d’espoirs que d’interrogations au sein de la population tchadienne. Si cette réforme est perçue comme un moyen de rapprocher l’administration des citoyens, nombreux sont ceux qui attendent encore des résultats concrets dans leur quotidien.
À N’Djamena comme dans les provinces, plusieurs citoyens estiment que la décentralisation doit permettre aux collectivités territoriales de mieux répondre aux besoins des populations. Ils souhaitent que les décisions soient davantage prises au niveau local, afin de mieux tenir compte des réalités propres à chaque commune et à chaque province. Selon eux, cette proximité devrait contribuer à accélérer la réalisation des projets de développement et à améliorer la qualité des services publics.
Les personnes interrogées insistent également sur la nécessité de doter les collectivités territoriales des moyens financiers indispensables à l’exercice de leurs compétences. Elles estiment que sans ressources suffisantes, les autorités locales auront des difficultés à répondre efficacement aux attentes des populations. Plusieurs plaident aussi pour une gestion plus transparente des ressources publiques et une plus grande implication des citoyens dans la définition des priorités de développement.
Pour Stéphanie, juriste en formation au CEFOD Business School, la mise en œuvre de la réforme reste encore incomplète. « La décentralisation au Tchad est une notion qui existe dans les textes, mais son application reste difficile. Nous constatons plusieurs insuffisances, notamment sur le plan financier. L’État ne transfère pas suffisamment de ressources aux provinces. Par ailleurs, malgré les textes qui consacrent la décentralisation, de nombreuses décisions continuent d’être centralisées à N’Djamena », explique-t-elle.

Sur le terrain, les attentes demeurent nombreuses. Les citoyens souhaitent que les collectivités territoriales jouent pleinement leur rôle en apportant des réponses concrètes aux préoccupations des communautés. Ils appellent également à une plus grande proximité des autorités locales avec les populations. Pour eux, les élus doivent être davantage présents sur le terrain, à l’écoute des besoins des citoyens et en mesure d’apporter des solutions adaptées aux réalités locales.
À l’inverse, certains observateurs soulignent les avancées enregistrées depuis l’adoption de la nouvelle Constitution. Ousmane élève à l’École nationale d’administration (ENA) estime que des progrès ont été accomplis sur le plan juridique. « En ce qui concerne les avancées, elles sont réelles, notamment sur le plan juridique. Plusieurs textes ont été adoptés, parmi lesquels la loi organique n°014 portant statut des collectivités autonomes, la loi n°028 relative à la répartition des compétences entre l’État et les collectivités autonomes, ainsi que la loi n°002 portant statut particulier de la ville de N’Djamena. Ces textes constituent une base importante pour la mise en œuvre de la décentralisation », affirme-t-il.

Au-delà des textes et des débats institutionnels, de nombreux citoyens estiment que la réussite de la décentralisation se mesurera avant tout à ses effets sur leur quotidien. Ils attendent notamment des routes praticables, des écoles et des centres de santé mieux équipés, un meilleur accès à l’eau potable et à l’électricité, ainsi qu’une administration locale capable de répondre rapidement aux préoccupations des populations.
Pour beaucoup, la crédibilité de la décentralisation dépendra désormais de sa traduction sur le terrain, à travers des résultats visibles et une amélioration tangible des conditions de vie des citoyens.
Cet article a été rédigé par l’équipe de l’émission Intérêt public.

