À grand renfort de communication, la campagne agricole 2026 a été lancée avec, comme chaque année, la promesse de récoltes abondantes et d’une amélioration de la sécurité alimentaire.
Pourtant, le Tchad n’est pas un désert agricole. C’est même tout le contraire. Le pays dispose de millions d’hectares de terres cultivables, de vastes plaines encore sous-exploitées et d’un potentiel que de nombreux États africains pourraient lui envier. Malgré ces atouts, les campagnes agricoles se succèdent avec le même constat : des ambitions affichées au départ, mais des résultats souvent en deçà des attentes.
La question n’est donc plus seulement technique. Elle est aussi politique : le Tchad dispose-t-il d’une véritable politique agricole capable de transformer ce potentiel en production durable ?
Comment expliquer qu’un pays doté d’importantes ressources foncières produise relativement peu, alors que d’autres États de la sous-région, confrontés à des contraintes climatiques similaires, voire plus sévères, obtiennent des performances agricoles plus régulières ? Là où certains misent sur l’organisation, la planification et les infrastructures, le Tchad semble encore dépendre largement des aléas climatiques.
Chaque année, les campagnes agricoles sont lancées avec optimisme, mais sans véritable retour critique sur les précédentes. Des intrants sont distribués, des objectifs ambitieux sont annoncés, puis surviennent les pluies irrégulières, les inondations ou les sécheresses, relançant les mêmes difficultés et les mêmes explications.
Or, une politique agricole efficace ne se limite pas au lancement d’une campagne. Elle suppose une planification à long terme, des systèmes d’irrigation adaptés, des capacités de stockage, un accompagnement technique des producteurs, ainsi qu’une meilleure organisation des filières de production et de commercialisation.
Le défi ne réside donc pas uniquement dans la disponibilité des terres ou dans les conditions climatiques. Il tient aussi à l’existence d’un cadre structuré, capable d’assurer la continuité des actions, de favoriser les investissements et de renforcer les chaînes de valeur agricoles.
Le paradoxe est frappant : plus le potentiel est important, plus l’écart entre les ambitions et les résultats paraît visible. Ce n’est pas la nature qui semble limiter les perspectives de développement agricole, mais la capacité à mettre en œuvre une stratégie cohérente et durable. Pendant que certains pays font de l’agriculture un moteur de croissance économique, le Tchad continue encore de dépendre largement des précipitations et des circonstances.
À force de campagnes qui peinent à produire les effets annoncés, une interrogation demeure : le véritable défi réside-t-il dans la réussite des saisons agricoles ou dans la construction d’une politique agricole suffisamment solide pour transformer durablement le potentiel du pays en résultats concrets ?
Sakkal

