À Bongor, le nouveau pont sur le fleuve Logone a profondément changé le quotidien des habitants. Si cette infrastructure constitue une avancée majeure pour la mobilité et les transports, ses retombées économiques demeurent contrastées. Entre fluidité du trafic et ralentissement du commerce local, tous les acteurs n’en tirent pas les mêmes bénéfices.

Désormais, le béton et l’acier ont remplacé les traversées autrefois périlleuses en pirogue ou en hors-bord entre Bongor et Yagoua, au Cameroun. Le trafic s’est nettement fluidifié, notamment avec des pics d’affluence le lundi, jour de marché à Bongor, et le jeudi à Yagoua.
Pour les conducteurs de moto-taxis, communément appelés « clandomen », le pont représente une véritable opportunité. Les temps d’attente ont disparu, les rotations se sont multipliées et les revenus ont globalement augmenté.
« La création de ce pont nous a beaucoup aidés. Toute chose a ses avantages et ses inconvénients. Nous, les clandomen, y trouvons notre compte, mais ce pont détruit aussi les moyens de subsistance de plusieurs personnes », témoigne Dieudonné Zamana Daniel, conducteur tchadien.
Certains évoquent également l’émergence de nouvelles activités économiques autour du pont, notamment la vente de thé, de jus, de gâteaux ou d’eau. Un constat fait par Baba Lamdo Hamadou, conducteur camerounais, qui souligne les opportunités offertes aux jeunes des deux rives.
Mais à quelques mètres de là, dans les allées du marché de Bongor, l’ambiance est tout autre. Depuis l’ouverture du pont, la fréquentation est en baisse. De nombreux consommateurs préfèrent traverser vers Yagoua, attirés par des prix jugés plus compétitifs.
Conséquence directe : les commerçants locaux enregistrent une baisse significative de leur chiffre d’affaires et peinent à faire face aux charges, notamment fiscales.
« Le trafic sur le pont fait souffrir le commerce à Bongor. Les gens traversent pour s’approvisionner de l’autre côté. Tous les commerçants se lamentent. Il faut que l’État régule le trafic des marchandises pour sauver le commerce local », alerte Abbass Ilyas.
Face à cette situation, les autorités sont appelées à agir. Le Délégué provincial du Ministère du Commerce reconnaît la nécessité de trouver un équilibre entre la protection de l’économie locale et la dynamique d’intégration régionale. « La population doit soutenir les commerçants en achetant sur place à Bongor. De notre côté, nous veillerons à la régulation des prix sur les marchés », assure Assane Amhon Malloum.
Le pont de Bongor illustre ainsi le paradoxe du développement transfrontalier : un progrès indéniable en matière de mobilité et d’échanges, mais aussi un défi pour le tissu économique local. Pour que ce « pont de l’amitié » ne devienne pas un facteur de fragilisation, les acteurs locaux attendent désormais des mesures d’accompagnement adaptées.
Oumarou Abba

