• 6 mars 2026
  • N'Djamena

N’Djamena : des viaducs désertés, des embouteillages persistants

N’Djamena : des viaducs désertés, des embouteillages persistants

Face à l’explosion continue du trafic urbain à N’Djamena, l’État tchadien a investi des milliards de francs CFA dans la construction de plusieurs viaducs, communément appelés à tort «échangeurs» : Chagoua, Dembé, Ndjari, Diguel, et Tacha Moussoro. L’objectif est: désengorger les axes stratégiques, fluidifier la circulation aux heures de pointe et moderniser la mobilité urbaine.

Mais sur le terrain, le constat est amer. Conçus exclusivement pour les automobilistes, les motocyclistes, piétons et poids lourds y étant interdits , ces infrastructures peinent à trouver leur utilité. Loin de faciliter le trafic, les viaducs sont largement désertés par les usagers, qui continuent de se rabattre sur les voies inférieures, aggravant ainsi les embouteillages. Cette situation paradoxale engendre une double impasse : d’une part, la saturation persistante de la circulation, et d’autre part, la multiplication des accidents, notamment aux carrefours situés sous les ouvrages, où l’indiscipline routière reste préoccupante. Pourquoi ces échecs d’appropriation ? Plusieurs facteurs sont en cause : une signalisation insuffisante, l’absence de campagnes ciblées d’éducation routière, et une culture du civisme encore peu ancrée dans les comportements des usagers. En somme, les viaducs, bien que techniquement aboutis, restent en marge de la dynamique de mobilité qu’ils étaient censés accompagner.

Pour inverser cette tendance et maximiser l’utilité de ces infrastructures, plusieurs mesures s’imposent :

Installer une signalisation claire et accessible ;

Équiper les viaducs de systèmes de vidéosurveillance ;

Renforcer les campagnes de sensibilisation au civisme routier ;

Intégrer ces ouvrages dans une stratégie cohérente de mobilité urbaine.

Ces viaducs ne doivent pas rester de simples symboles d’ambitions urbaines inabouties. Ils peuvent et doivent jouer pleinement leur rôle, à condition qu’une synergie soit établie entre infrastructures, politiques publiques et comportements citoyens. Utiliser les viaducs de manière appropriée, c’est non seulement respecter les règles de circulation, mais aussi contribuer à une ville plus fluide, plus sûre et plus agréable pour tous.

Cheik Souleyman