• 6 mars 2026
  • N'Djamena

Politique: Le Sénateur Abderaman Koulamallah adresse une lettre ouverte à son homologue Pahimi Padacké Albert

Politique: Le Sénateur Abderaman Koulamallah adresse une lettre ouverte à son homologue Pahimi Padacké Albert

«Monsieur le sénateur

Cette lettre fait suite à vos prises de position depuis un certain temps, surprenantes par leur virulence et leur décalage avec votre propre parcours. Elles m’amènent à m’adresser à vous publiquement, car nul ne peut s’ériger aujourd’hui en censeur intransigeant d’un système dont il fut hier l’un des architectes les plus actifs et l’un des principaux bénéficiaires.

En effet, vous avez été, durant de longues années, un acteur de premier plan de la vie politique de notre pays. Sous le président Déby, vous avez occupé plusieurs des plus hautes fonctions de l’État : de nombreux portefeuilles ministériels jusqu’à la primature à plusieurs reprises. Peu de responsables politiques peuvent se prévaloir d’avoir bénéficié, autant que vous, de la confiance des plus hautes autorités et des privilèges attachés à ces responsabilités.

Durant la phase délicate de transition que nous avons traversée ensemble, vous avez encore été appelé au poste de Premier ministre, dans un contexte où le Tchad affrontait des défis immenses : menaces sécuritaires, disparités profondes entre forces politiques, et risque réel de division nationale. Cette phase aurait pu plonger notre pays dans le chaos si nous n’avions pas su agir avec esprit de responsabilité. Vous avez fait partie de ceux qui détenaient les leviers de l’action publique, et votre part dans la gestion de cette transition est donc entière. À ce titre, vous avez procédé, en toute liberté, à des nominations nombreuses au sein de l’administration, au bénéfice de vos partisans. Vous ne pouvez l’ignorer ni le nier.

Je m’étonne dès lors que vous choisissiez aujourd’hui de revêtir l’habit de l’opposant intransigeant, multipliant les critiques contre le gouvernement actuel, comme si vous étiez soudain étranger à ce pouvoir auquel vous avez appartenu si longtemps. Comment feindre de découvrir aujourd’hui les difficultés et les imperfections d’un système que vous avez contribué à façonner ? Comment prétendre dénoncer une prétendue exclusion de l’opposition, alors même que votre propre parti continue de bénéficier de deux sièges de sénateurs désignés par le chef de l’État ? Quelle opposition véritable, sinon une posture commode et sans risque ?

Il faut avoir le courage de reconnaître ses choix et d’assumer ses responsabilités devant le peuple tchadien. Quel compatriote lucide pourrait, sans ironie, croire que vous incarnez désormais le « sauveur suprême » que vous prétendez être, après avoir passé des décennies au cœur du pouvoir et des décisions ?

Le Tchad n’a pas besoin de faux-semblants, mais d’hommes politiques constants dans leurs engagements et sincères dans leur quête de l’unité nationale. Je vous invite donc, Monsieur le Sénateur , à la cohérence et à la retenue : pour le bien de notre pays, pour le respect des responsabilités que vous avez exercées et pour la vérité que nous devons ensemble à nos concitoyens.

Bien à vous !» Sénateur Abderaman Koulamallah, Président de l’Union Démocratique Tchadienne