Le nombre de lois, décrets, arrêtés et décisions administratives ne cesse de croître au Tchad. Pourtant, leur application sur le terrain reste largement déficiente. Pourquoi ces textes, pourtant valables sur le fond, peinent-ils à produire des effets concrets dans la société ? Qu’est-ce qui explique ce déficit de suivi et cette exécution souvent partielle, voire inexistante, des décisions prises par les autorités ?
En réalité, au Tchad, la problématique de la mise en œuvre effective des actes législatifs et réglementaires soulève de nombreuses interrogations. Ce ne sont pas les textes en eux-mêmes qui posent problème, mais bien leur application. Autrement dit, on assiste à une forme d’impuissance institutionnelle, où l’État peine à faire respecter ses propres décisions. Ce phénomène, de plus en plus visible, fragilise l’autorité publique et renforce le sentiment d’impunité.
À titre d’illustration, prenons l’exemple de l’interdiction des vitres teintées, édictée dès 2021. Malgré cette décision, de nombreux véhicules circulent toujours avec des vitres opaques, parfois rendues sombres à l’aide de films plastiques ajoutés après coup. Ainsi, bien que la mesure soit toujours en vigueur sur le papier, elle demeure inapplicable sur le terrain. Les forces de l’ordre, censées la faire respecter, semblent débordées, voire désengagées.
De la même manière, l’interdiction de la circulation des bennes en pleine journée dans la capitale, N’Djamena, reste lettre morte. Les véhicules concernés continuent d’arpenter les rues à toute heure, au mépris des arrêtés municipaux. Par ailleurs, les déguerpis du quartier « Champ de fil », évacués à plusieurs reprises, reviennent systématiquement occuper les lieux. Cette réoccupation récurrente réduit à néant les efforts des autorités locales. Elle traduit, une fois de plus, l’incapacité de l’État à faire respecter ses décisions et met à mal la crédibilité de ses institutions.

Dès lors, au-delà de l’accumulation des textes, c’est bien la question de leur mise en œuvre qui se pose avec acuité. À quoi bon légiférer si les mesures ne sont ni suivies d’effet ni appliquées rigoureusement ? Une telle situation alimente un double discours : celui de la loi, d’un côté, et celui de la réalité quotidienne, où les violations sont tolérées, voire banalisées.
Face à ce constat préoccupant, il devient impératif de restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. Pour ce faire, une mobilisation accrue des services de l’État s’impose, de même qu’une coordination efficace entre les différentes structures administratives. Par-dessus tout, il est nécessaire de renforcer les mécanismes de contrôle et de sanction.
De surcroît, la sensibilisation du public à l’importance du respect des lois doit aller de pair avec une action ferme et équitable contre les contrevenants. L’État, en tant qu’exemple à suivre, se doit également de respecter ses engagements et d’appliquer de manière uniforme les décisions prises.
En définitive, le Tchad ne souffre pas d’un vide juridique, mais bel et bien d’une carence dans l’exécution de ses textes. Si le pays souhaite renforcer l’autorité de l’État et instaurer un climat de confiance durable, des actions concrètes et déterminées sont indispensables. Car sans une application rigoureuse des décisions publiques, toute stratégie de gouvernance est vouée à l’échec.
Golbika Monique

