• 6 mars 2026
  • N'Djamena

African Parks, une ONG qualifiée de néocolonialiste

African Parks, une ONG qualifiée de néocolonialiste

« Au nom de la nature, enquête sur les pratiques néocolonialistes de l’ONG African Parks » est le titre du livre du journaliste d’investigation néerlandais Olivier Van Beemen. Dans un entretien accordé à TV5 Monde, l’auteur revient sur les méthodes controversées de cette organisation spécialisée dans la gestion des parcs en Afrique.

Fondée en 2003 et basée en Afrique du Sud, l’ONG African Parks gère actuellement 22 parcs répartis dans 12 pays africains, dont le parc national de Zakouma au Tchad. Après quatre années d’enquête, couvrant six pays et plus de 300 entretiens, Olivier Van Beemen conclut que l’organisation adopte des pratiques à caractère néocolonial. Il rappelle qu’à ses débuts, l’ONG avait installé son siège dans un château médiéval aux Pays-Bas, un symbole fort : « là où les Blancs se sont penchés sur la carte de l’Afrique pour voir les territoires qu’ils pouvaient reprendre», explique-t-il. D’après les témoignages recueillis de cet auteur, African Parks a été fondée sur la conviction que « les Noirs étaient incapables de gérer et de financer les parcs ». Selon lui, l’organisation s’approprie les terres des États africains et s’impose comme seule autorité.

Des riverains menacés, des actes de torture rapportés

Si l’auteur reconnaît l’efficacité de la gestion des parcs par African Parks, il dénonce les conséquences humaines de ces méthodes. Les populations riveraines sont souvent assimilées à des braconniers : « Les pêcheurs, les bûcherons, les guérisseurs traditionnels qui cueillent des plantes, tout est considéré comme du braconnage », affirme l’investigateur.

Parmi les abus rapportés, figurent des actes de torture, parfois commis sur des innocents. « Des éco-gardes m’ont confirmé avoir pratiqué des tortures horribles et n’excluent pas qu’il y ait eu des innocents parmi eux. Ils sont incités à être durs avec les gens et sont dans une logique de guerre. Les riverains sont considérés comme des ennemis potentiels », déclare Van Beemen.

Une atteinte à la souveraineté des États africains

Le journaliste j d’investigation néerlandais souligne également les ingérences d’African Parks dans les prérogatives des États : contrôle de la sécurité, des accès aux parcs, voire des frontières dans certains cas. C’est d’ailleurs pour cette raison que des pays comme le Kenya, la Tanzanie ou le Sénégal refusent de collaborer avec l’ONG. « African Parks exerce un pouvoir quasi exclusif sur les parcs, sans remettre en question ses pratiques ni transmettre de compétences aux acteurs locaux », déplore-t-il.

La publication de l’ouvrage n’a pas été sans conséquence pour son auteur. « African Parks affirme qu’il y a des conclusions erronées dans le livre et m’a incité à le réécrire. Ils m’ont menacé. Si des donateurs se retiraient à cause de mon livre, ils revendiqueraient des dédommagements à mon encontre et à celle de mon éditeur », témoigne Olivier Van Beemen.

À l’heure où la protection de la nature devient une cause mondiale, la question demeure : peut-on sauver les parcs africains sans piétiner les droits des peuples qui y vivent ? L’enquête d’Olivier Van Beemen nous pousse à repenser les modèles de conservation, entre urgence écologique et justice sociale. Ce qui inquiète le plus, c’est la menace qui pèse sur la souveraineté des États africains, souvent vulnérables. L’auteur semble lever le voile sur un écran de fumée savamment entretenu par des pratiques peu orthodoxes.

Lanka Daba Armel