• 7 mars 2026
  • N'Djamena

AFRIQUE : Le grand réveil des peuples africains

AFRIQUE : Le grand réveil des peuples africains

Par Balde Mahamadou Alpha, auteur et panafricaniste

Dans l’arène des relations internationales, les discours politiques qu’ils soient rédigés avec soin ou livrés dans l’instant poursuivent toujours des objectifs précis. En effet, le langage diplomatique n’est jamais neutre : il dissimule des rapports de force où priment les intérêts stratégiques. Dans ce monde sans état d’âme, la compassion n’a pas sa place ; seule prévaut la logique du plus fort. De ce fait, lorsqu’on observe attentivement les relations entre les pays industrialisés et les pays dits « en développement », que les premiers désignent sans gêne comme des « pays pauvres », un esprit honnête et éveillé ne peut qu’être profondément choqué. Comment l’Occident, qui se réclame du « monde civilisé », peut-il justifier la conquête violente d’un continent, le pillage méthodique de ses ressources naturelles, et en parallèle, la déportation et la vente de millions d’êtres humains pendant près de quatre siècles, dans ce que l’histoire a retenu comme la traite négrière transatlantique (du XVe au XIXe siècle, environ de 1444 à 1888) ?

Pendant cette période, les puissances européennes, notamment la France, le Portugal, l’Espagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont organisé une entreprise d’une brutalité inouïe qui a fait date et effet dans la conscience humaine. Les populations africaines étaient capturées, enchaînées, arrachées à leur terre et transportées dans des conditions inhumaines à travers l’Atlantique. Une personne sur cinq mourait pendant la traversée. Celles et ceux qui survivaient étaient vendus comme du bétail, exploités dans les plantations des Amériques, sans droits, sans nom, sans dignité.

Et comme si cette barbarie ne suffisait pas, la colonisation du continent africain est venue prolonger l’asservissement des peuples. De la Conférence de Berlin en 1884-85 jusqu’aux indépendances, souvent factices, des années 1960, les puissances coloniales ont redoublé d’efforts pour contrôler les territoires africains, exploitant leurs richesses, imposant leur langue, leur culture et leurs modèles économiques. Les corollaires de cette domination furent nombreux : spoliation des terres, travail forcé, racisme institutionnalisé, suppression des identités locales, et répression sanglante de toute contestation.

Après les indépendances, une autre forme de domination s’est installée : celle d’une démocratie de façade, imposée par les anciennes puissances coloniales. Les élections dites « libres » étaient souvent contrôlées, manipulées, voire annulées si les résultats ne convenaient pas aux intérêts occidentaux. Les dirigeants réellement patriotes, porteurs d’un projet souverain pour leur peuple, étaient marginalisés, renversés, ou purement et simplement éliminés (à l’image de Patrice Lumumba au Congo, assassiné le 17 janvier 1961 dans la région du Katanga, ou de Thomas Sankara au Burkina Faso, le 15 octobre 1987, avec la complicité de puissances occidentales). En parallèle, des régimes dociles, dénués de tout sens nationaliste, étaient installés et maintenus au pouvoir aussi longtemps qu’ils servaient les intérêts géostratégiques de l’Occident.

Aujourd’hui encore, l’exploitation de l’Afrique se poursuit sous des formes modernes, parfois plus sournoises mais tout aussi destructrices. Les multinationales, souvent occidentales, contrôlent une grande partie des secteurs miniers, énergétiques et agricoles. Elles extraient des milliards de dollars de ressources, alors que les régions concernées n’ont ni routes, ni eau potable, ni électricité. La complicité de certaines élites locales corrompues, souvent formées dans les capitales occidentales, facilite ce pillage moderne.

Et lorsque les peuples commencent à s’éveiller, à réclamer leur souveraineté, on observe un autre phénomène : la déstabilisation systématique. Des coups d’État sont fomentés ou encouragés, des rébellions armées financées en sous-main, et même des groupes terroristes tolérés ou instrumentalisés pour maintenir un chaos contrôlé, rendant impossible toute forme de développement autonome. L’objectif est clair : empêcher l’unité, affaiblir les États, et conserver un accès privilégié aux ressources du continent.

La prise de conscience des peuples africains face à cette exploitation multiforme est aujourd’hui une réalité irréversible, bien que difficile à admettre pour certains. Les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) , notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont compris qu’ils n’ont aucun avenir en maintenant des relations de dépendance avec la France et d’autres anciennes puissances coloniales. Leur volonté affirmée de rompre avec ces partenariats déséquilibrés constitue une étape historique.

Dès lors, entendre un chef d’État comme Emmanuel Macron déclarer, en parlant du Burkina Faso : « J’ai pitié de la jeunesse burkinabè », relève d’un paternalisme insultant, voire d’un mépris voilé. Ce type de discours est toxique pour la jeunesse africaine, qui aspire à la dignité, à l’indépendance véritable et à un avenir fondé sur l’autodétermination. Autrement dit, la jeunesse africaine aspire à la souveraineté politique et monétaire.

L’heure n’est plus à la victimisation, mais à l’action consciente et souveraine. Les réalisations récentes dans la gestion des ressources et la volonté politique manifestée par certains États africains montrent que l’Afrique peut se redresser. Mais cela exige de rompre avec les schémas néocoloniaux, d’exiger des partenariats équitables, et de bâtir une unité continentale solide, affranchie des tutelles anciennes et actuelles.
De ce fait, l’éducation, la recherche scientifique, la digitalisation des compétences, ainsi que l’investissement dans les technologies émergentes doivent devenir les piliers de l’Afrique de demain. Il est urgent que les politiques publiques africaines cessent de tourner le dos à l’avenir. L’Afrique ne doit plus être spectatrice, mais bel et bien actrice du rendez-vous mondial de l’innovation.

Enfin, c’est dans les laboratoires, les centres de recherche, les universités et les incubateurs que se construira la souveraineté réelle : économique, intellectuelle et technologique. Tel est, sans doute, le véritable défi du XXIe siècle pour une Afrique résolument tournée vers l’avenir radieux. Il est l’heure de dire non.