Hier, à l’issue d’une descente sur le terrain, le ministre de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat, Mahamat Assilleck Halata, a livré ses impressions en français devant les journalistes. Rien d’anormal, jusqu’à ce qu’un journaliste arabophone lui demande de reformuler ses propos en arabe. « Vous nous dérangez avec votre arabe là », a répondu le ministre en arabe local, avant de poursuivre en français :« Vous avez des traducteurs qui peuvent vous faire ça. Vous voulez absolument qu’on parle en arabe ? » Une séquence filmée devenue virale sur les réseaux sociaux depuis hier.
À la suite de ces propos, de nombreux arabophones ont exprimé leur indignation, dénonçant une déclaration jugée « méprisante » de la part du ministre. Face à la polémique, Mahamat Assilleck Halata a réagi ce jeudi 12 juin 2025 à travers une nouvelle vidéo : « Je ne vais pas m’excuser, soyez-en sûrs. Parce que je n’ai rien dit de grave », a-t-il déclaré, tout en précisant qu’il est lui-même arabe.
Depuis, le débat fait rage. Tandis que certains soutiennent le ministre, d’autres condamnent des propos qu’ils jugent indignes de sa fonction. « Sur le fond, il a raison : dans un pays bilingue, il n’est pas obligé de traduire ses propos en arabe. Mais sur la forme, sa réaction dénote un certain mépris à l’égard des arabophones », résume un internaute.
L’affaire relance la question de la mise en œuvre du bilinguisme arabe-français au Tchad. Pour certains observateurs, l’arabe dialectal tend à prendre le pas sur l’arabe littéraire, pourtant reconnu comme l’une des deux langues officielles. D’autres estiment que le bilinguisme est appliqué de manière inégale dans le pays.
Au-delà de la polémique, cette séquence met en lumière une question de fond : le bilinguisme tchadien suppose-t-il l’usage systématique des deux langues officielles, ou bien la liberté d’en choisir une seule ?

