Plus de 117 000 réfugiés soudanais vivent actuellement dans le camp d’Ouré-Cassoni, dans la province de l’Ennedi-Est, à proximité de la frontière avec le Soudan, selon Médecins Sans Frontières (MSF). Alors que de nouvelles arrivées sont enregistrées quotidiennement, l’organisation alerte sur l’aggravation des besoins en nourriture, en eau, en abris et en soins de santé, dans un contexte de réduction des financements humanitaires.
Situé dans une zone reculée du nord-est du Tchad, Ouré-Cassoni a connu plusieurs vagues d’arrivées depuis le début de la guerre au Soudan, en avril 2023. Plus de 60 000 personnes y sont arrivées en mai 2025, après la chute du camp de Zamzam, au Darfour du Nord. Entre octobre 2025 et août 2026, plus de 21 000 nouveaux réfugiés ont également été enregistrés après la prise de contrôle d’El-Fasher. Selon MSF, « le camp s’agrandit, mais les ressources allouées à la réponse humanitaire ne suivent pas la même progression ».
La malnutrition progresse chez les enfants
La situation alimentaire constitue l’une des principales préoccupations. MSF indique avoir constaté une hausse de la malnutrition chez les enfants examinés dans le camp. Entre 2025 et 2026, la prévalence de la malnutrition aiguë sévère est passée de 2,2 % à 3,4 %, tandis que celle de la malnutrition aiguë modérée est passée de 10 % à 13 %. « Parfois, nous ne savons pas ce que nous donnerons à manger à nos enfants le lendemain. Lorsque les distributions sont réduites, nous devons nous contenter du strict minimum », témoigne Salwa, une mère réfugiée à Ouré-Cassoni.
L’accès à l’eau reste insuffisant
L’approvisionnement en eau constitue également une difficulté majeure. D’après MSF, chaque personne dispose d’environ deux litres d’eau par jour, alors que les recommandations généralement appliquées en situation d’urgence se situent entre 15 et 20 litres par personne et par jour. L’eau doit être pompée depuis le lac, traitée, contrôlée, transportée, puis distribuée dans les différentes zones du camp. « Pour les habitants d’Ouré-Cassoni, l’accès à l’eau potable en quantité suffisante n’est pas un luxe : c’est une nécessité fondamentale pour leur santé et leur dignité », souligne Joshua Ayuba Mpato, coordinateur de projet de MSF à Ouré-Cassoni.
En juillet 2026, plus de 14 % des consultations effectuées par MSF dans le camp concernaient des cas de diarrhée non sanglante.L’organisation précise que le manque d’eau potable n’en constitue pas la seule cause, mais figure parmi les facteurs aggravants.
Des abris précaires et un accès limité aux soins
Le logement fait également partie des besoins prioritaires identifiés par les communautés. Des milliers de familles vivent dans des abris construits avec les matériaux disponibles, dans des conditions précaires. Selon MSF, les infections respiratoires représentent plus de 30 % des consultations réalisées dans les différentes zones du camp, toutes tranches d’âge confondues.
Ouré-Cassoni ne dispose, par ailleurs, que d’un seul centre de santé. Les patients nécessitant des soins secondaires ou spécialisés doivent être transférés vers d’autres structures, avec une prise en charge financière limitée aux cas jugés critiques.
La précarité expose également les femmes et les filles à des risques supplémentaires, notamment lorsqu’elles doivent sortir du camp pour chercher de l’eau ou du bois de chauffage. Entre janvier et juillet 2026, les équipes de MSF ont pris en charge 91 survivantes de violences sexuelles à Ouré-Cassoni. L’organisation précise qu’il n’est pas possible de déterminer combien de ces violences ont eu lieu au Tchad après leur arrivée.
MSF appelle à faire d’Ouré-Cassoni une priorité
MSF estime que l’ampleur des besoins contraste avec la diminution des ressources disponibles. L’organisation relève notamment qu’Ouré-Cassoni ne figurait pas parmi les zones prioritaires du Plan de réponse humanitaire pour le Tchad (PRH) 2026. « Ouré-Cassoni doit être une priorité pour les donateurs. On parle de plus de 117 000 personnes, avec des besoins considérables et de nouveaux arrivants chaque jour. La situation actuelle est intenable », déclare Joshua Ayuba Mpato.
Pour MSF, une augmentation urgente de l’aide est nécessaire afin de répondre à l’évolution démographique du camp et aux besoins des réfugiés soudanais qui continuent d’y arriver. « Les besoins augmentent, mais les ressources ne suivent pas », alerte l’organisation humanitaire.

