• 16 septembre 2026
  • N'Djamena

Audit du CHU La Renaissance 2019-2024 : une dette de 2,639 milliards FCFA et plusieurs insuffisances relevées

Audit du CHU La Renaissance 2019-2024 : une dette de 2,639 milliards FCFA et plusieurs insuffisances relevées

La Cour des comptes a procédé, ce mardi 15 septembre 2026, à la restitution des résultats de la mission d’audit du Centre Hospitalier Universitaire La Renaissance. La rencontre s’est tenue dans les locaux de la Cour suprême, en présence de la secrétaire d’État à la Santé publique, Dr Mbaidedji Dekandji Francine, de la présidente de la Cour des comptes, Zara Ibrahim Mahamat Itno, de l’équipe d’audit ainsi que des responsables du CHU La Renaissance.

Portant sur la période de 2019 à 2024, la mission d’audit était présidée par Ndintamnan Paningar. Elle a relevé plusieurs insuffisances dans la gestion et le fonctionnement de l’établissement, malgré les progrès enregistrés depuis sa création.

Selon l’équipe d’audit, le CHU La Renaissance a fait preuve d’une capacité de résilience remarquable, passant de quatre spécialités à son ouverture à vingt spécialités aujourd’hui. Toutefois, l’absence d’un système de pilotage cohérent risque de compromettre ces acquis. Les auditeurs estiment que des réformes structurelles sont nécessaires pour assurer la pérennité de l’établissement.

Parmi les principales observations figurent la non-application de la gratuité des urgences, pourtant décrétée, faute de financement au niveau du CHU. L’audit relève également une hausse de la masse salariale et l’octroi de certaines primes sans base réglementaire, ainsi que l’absence d’un plan de formation et la non-exécution du transfert de compétences.

La mission fait aussi état de ruptures récurrentes de produits. Certains patients auraient été facturés pour des produits non fournis, en raison de dysfonctionnements liés au système de codage. Sur le volet de la pharmacovigilance, moins de cinq cas ont été signalés en dix ans, une situation jugée préoccupante pour la sécurité des patients.

L’audit relève par ailleurs un manque de matériel spécialisé dans plusieurs services, notamment en cardiologie, en gynécologie, en dermatologie et aux urgences. Il note également l’absence d’un projet médical formalisé et soumis au Conseil d’administration.

Autre préoccupation majeure : le système de traitement des eaux est en grande partie hors service, notamment les installations UV et la station d’épuration. Les auditeurs estiment que cette situation présente un risque sanitaire grave et immédiat.

Sur le plan administratif, la mission a constaté l’absence de mise en place d’une Commission d’ouverture et de jugement des offres (COJO) dans les procédures d’approvisionnement, en violation de l’article 15 du décret n°755.

Face à ces constats, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations à l’endroit du ministère de la Santé publique. Elle préconise notamment le décaissement sans délai des subventions destinées au CHU et le remplacement du mécanisme trimestriel par un dispositif adapté aux réalités de l’établissement.

La mission recommande également la prise en charge de la dette du CHU envers la SNE, estimée à 2,639 milliards de francs CFA, conformément à la résolution du Conseil d’administration du 11 juin 2022, qui n’a pas encore été exécutée.

Elle appelle aussi au financement de la remise en service du système de traitement des eaux, en collaboration avec le ministère de l’Environnement, ainsi qu’à la mise en œuvre de mesures d’atténuation immédiates dans les services sensibles, notamment le bloc opératoire, le laboratoire et l’imagerie.

Enfin, l’audit recommande de régulariser par décret les nominations irrégulières des dirigeants, de créer un cadre formel entre le ministère et le CHU pour le déploiement du personnel de l’État et d’étendre la réglementation des salaires aux primes et avantages accessoires.

La mission préconise également le financement d’un stock minimum de sécurité de trente jours pour le laboratoire, ainsi que la mise en place de la COJO, du comité de pharmacovigilance et d’un registre dédié.