• 12 septembre 2026
  • N'Djamena

Pala : des manguiers fructifient en pleine saison des pluies, les scientifiques s’interrogent

Pala : des manguiers fructifient en pleine saison des pluies, les scientifiques s’interrogent

À Pala, dans le Mayo-Kebbi Ouest, des manguiers portent à nouveau des fruits en pleine saison des pluies. Après une récolte habituelle jugée décevante en début d’année, cette fructification inhabituelle suscite l’étonnement des habitants et des producteurs. Pour les scientifiques, ce phénomène pourrait être lié aux variations des conditions climatiques et à une perturbation du cycle physiologique des arbres.

Depuis le mois d’août, des mangues vertes sont vendues en quantité sur les étals des marchés de Pala. Dans plusieurs vergers de la ville, les manguiers portent également de nombreux fruits en ce mois de septembre, alors que la principale période de récolte est déjà passée.

Pour l’enseignant-chercheur à l’Université de Pala, Passanet Augustin, cette fructification hors saison pourrait s’expliquer par un stress climatique ayant perturbé le cycle physiologique du manguier.« Normalement, le manguier ne fleurit pas ou ne fructifie pas en saison des pluies. La cause principale de cette fructification en saison pluvieuse est le stress climatique qui perturbe le cycle physiologique du manguier », explique-t-il. Selon l’universitaire, ce stress peut notamment résulter d’une sécheresse ponctuelle suivie d’une baisse brutale des températures. La combinaison de ces facteurs pourrait provoquer une floraison inhabituelle des manguiers.

Passanet Augustin, Enseignant-chercheur à l’Université de Pala

Si le phénomène attire les consommateurs, il suscite davantage d’interrogations chez les arboriculteurs. Une fructification en saison des pluies pourrait, selon les spécialistes, avoir des conséquences sur la production de la prochaine saison. « Le manguier qui a déjà produit en saison des pluies ne pourra plus donner un bon rendement en saison sèche. Ici, on va avoir une perturbation du cycle du manguier », prévient Passanet Augustin. Il précise toutefois que certaines variétés, dites « rebelles » ou « polyvalentes », peuvent produire plusieurs fois au cours de l’année. Mais les fruits issus de cette production hors saison seraient généralement de qualité inférieure.

Sur le terrain, les producteurs constatent eux aussi une situation inhabituelle. GAKNONE Valéry, arboriculteur à Pala, affirme que certaines variétés peuvent habituellement produire deux fois par an, mais que l’ampleur du phénomène est exceptionnelle cette année.« Normalement, c’est aux mois de janvier et février que le manguier commence à fleurir ici. Pour cette année, c’est un cas particulier. Nous avons déjà rencontré ces cas dans le passé, mais jamais en abondance comme cette année », témoigne-t-il.

L’arboriculteur cite notamment les variétés Amélie, Kent, Keitt et Davidson, connues pour leur capacité à produire deux fois dans l’année. Il s’interroge toutefois sur les conséquences de cette fructification précoce sur la prochaine récolte.

Des mangues infestées de parasites

Face à cette production inattendue, certains habitants profitent de la situation pour acheter les mangues encore vertes, disponibles aussi bien dans les vergers que sur les marchés. Mais une autre observation vient alimenter les interrogations. Une fois découpés, plusieurs fruits présentent des vers ou des chenilles à l’intérieur.

La présence de ces parasites pose ainsi la question de la qualité et de la sécurité sanitaire de ces mangues produites hors saison. Leur consommation présente-t-elle un risque pour la santé ? Cette question devra désormais être éclairée par les spécialistes de la santé et de la sécurité alimentaire.

Oumarou Abba, Correspondant