Situé à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Mongo, dans le canton Dangaléat-Est (sous-préfecture de Bang-Bang), le village de Tchalo-Zoudou traverse une crise aiguë d’accès à l’eau potable. Près de 15 000 habitants y vivent sans infrastructure hydraulique fonctionnelle depuis plus de six ans.
Les deux pompes manuelles installées dans la localité sont en panne et n’ont jamais été réparées. En l’absence de toute source d’eau potable opérationnelle, les habitants ainsi que leur bétail parcourent quotidiennement entre trois et cinq kilomètres pour s’approvisionner auprès de trois puits ouverts, exposés aux aléas climatiques et aux risques de contamination.
Assise à l’ombre d’un arbre, Halima Mahamat, mère de cinq enfants, décrit un quotidien éprouvant : « Nous partons à l’aube pour espérer avoir de l’eau. Il nous arrive de faire deux à trois trajets par jour. Les enfants arrivent en retard à l’école, et parfois n’y vont pas du tout. Nous sommes épuisées. » Même inquiétude chez les éleveurs. Oumar Hassan alerte sur les conséquences pour le cheptel : « Nos animaux boivent la même eau que nous. Dès le mois de mai, les puits commencent à s’assécher. C’est toute notre survie qui est menacée. Nous redoutons les maladies. »

Le chef de village, Azène Abba, déplore l’inaction face à une situation persistante : « Cela fait plus de six ans que nos deux pompes sont en panne. Nous avons alerté à plusieurs reprises les autorités compétentes, sans solution concrète à ce jour. À l’approche de la saison chaude, les puits s’assèchent progressivement. Si rien n’est fait, la situation sera dramatique. »
Il plaide pour « la réalisation d’un forage moderne ou la réhabilitation des pompes existantes », rappelant que « l’accès à l’eau est un droit fondamental ».
Les représentantes des femmes du village, Khadidja Djibrine Gaddoum et Fatimé Alkhali Kantcho, soulignent les conséquences sociales de cette crise. « La corvée d’eau repose essentiellement sur les femmes et les jeunes filles. Elle mobilise plusieurs heures par jour. Certaines abandonnent l’école pour aider leurs mères », expliquent-elles. Elles alertent également sur les risques sanitaires : « Des femmes enceintes parcourent de longues distances sous un soleil accablant pour une eau souvent impropre à la consommation. Nous vivons dans l’angoisse permanente des maladies hydriques. »
En saison des pluies, faute d’alternatives, les populations consomment également l’eau stagnante des ruisseaux, augmentant les risques d’infections et d’épidémies.
Les autorités locales reconnaissent la gravité de la situation et appellent à une intervention urgente. « Le cas de Tchalo-Zoudou est connu de nos services. Nous plaidons pour la réalisation d’un forage équipé d’un château d’eau afin d’apporter une solution durable », indiquent-elles, sollicitant l’appui du gouvernement et des organisations humanitaires.
Face à cette crise humanitaire silencieuse, un appel pressant est lancé aux pouvoirs publics, aux ONG et aux partenaires techniques et financiers afin qu’une réponse rapide et pérenne soit apportée. À Tchalo-Zoudou, l’accès à l’eau potable ne relève plus du simple confort : il s’agit désormais d’une urgence vitale.
Bechir Badjoury Abbanou, Correspondant

