• 6 mars 2026
  • N'Djamena

Dossier spécial : 2025, une année de lutte intense contre la corruption au Tchad, 37 audits, 92 interpellations

Dossier spécial : 2025, une année de lutte intense contre la corruption au Tchad, 37 audits, 92 interpellations

L’année 2025 a été marquée par une intensification des actions de lutte contre la corruption au Tchad, notamment à travers les interventions de l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC). Malgré ces efforts, l’ampleur du phénomène demeure préoccupante, au regard de la progression des pratiques corruptives dans plusieurs secteurs de l’administration publique.

La récupération des fonds et des biens indûment ou illégalement soustraits à l’État s’avère complexe, en raison des résistances observées. Toutefois, l’AILC poursuit sa mission dans le cadre des textes qui la régissent, en multipliant les actions en faveur de la transparence, de la bonne gouvernance et des réformes institutionnelles. L’institution combine des mesures de contrôle et de recouvrement à des initiatives visant à prévenir les pratiques de corruption et à renforcer les mentalités en matière de gestion des biens publics.

Depuis février 2025, plusieurs mesures engagées par l’AILC ont produit des résultats concrets. À ce jour, 37 missions d’audit ont été menées au sein de différentes institutions publiques. Sur le plan répressif, les enquêtes ont permis de récupérer 31 véhicules retirés irrégulièrement du parc automobile de l’État ou illégalement réformés.

Au total, 92 personnes ont été interpellées, 54 suspendues de leurs fonctions et 38 poursuivies devant la justice, dont six déjà condamnées. Dans le domaine de la gestion administrative, notamment en matière de recrutement à la fonction publique, l’AILC a mis en évidence des irrégularités au sein du Ministère de la Santé. Ces constats ont conduit à l’annulation des recrutements jugés non conformes et à la restitution des prérogatives au Ministère de la Fonction publique.

Sur le plan académique, des manipulations ont également été relevées lors des admissions à l’École nationale des techniques d’élevage. Dans les secteurs fiscal et douanier, l’AILC a identifié d’importantes pertes financières, estimées à près de 225 milliards de francs CFA au profit de la CNPCIC, ainsi qu’à plus de 62 milliards de francs CFA versés à certaines institutions bancaires. Des cas de sous-évaluation en douane et de non-respect des procédures ont également été relevés, occasionnant des préjudices financiers significatifs pour l’État. À cet effet, 92 agents identifiés comme responsables ont été suspendus.

En matière de passation des marchés publics, l’AILC a constaté des attributions de contrats sans appel d’offres, des fractionnements irréguliers de marchés, l’usage de documents falsifiés et des pratiques de surfacturation.

Un cas emblématique concerne le marché n°074/2023 relatif à la construction d’une digue dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djaména. Le contrat avait été attribué à une entreprise ne disposant pas des qualifications requises, sans étude préalable. Les travaux, notamment la construction d’une digue de cinq kilomètres, n’ont pas été réalisés alors qu’ils ont été facturés. À la suite de l’intervention de l’AILC, une procédure de recouvrement de 5,5 milliards de francs CFA a été engagée, tandis que des mesures temporaires ont été mises en place pour protéger les populations contre les inondations, dans l’attente de l’exécution effective des travaux.

Au regard de l’ampleur du chantier, les actions engagées par l’AILC en 2025 constituent des avancées, même si les défis liés à la lutte contre la corruption demeurent importants et appellent à la poursuite des efforts engagés.