• 6 mars 2026
  • N'Djamena

Université de N’Djaména : le « bizutage », un rite d’intégration qui expose les étudiantes à des violences sexuelles

Université de N’Djaména : le « bizutage », un rite d’intégration qui expose les étudiantes à des violences sexuelles

À l’Université de N’Djaména, le « baptême des bleus » est officiellement présenté comme une tradition estudiantine sans danger. Mais une enquête menée auprès de plusieurs étudiantes et de témoins révèle une réalité bien différente : un rituel informel qui sert de cadre à des actes de maltraitance, de harcèlement et de violences à caractère sexuel, principalement à l’encontre des jeunes filles nouvellement admises.

Chaque rentrée universitaire, les nouveaux étudiants, appelés « bleus », sont soumis à une initiation consistant à recevoir de l’eau sur la tête. Selon les anciens, ce geste symbolise l’entrée dans la vie universitaire. Pourtant, sur le terrain, ce rituel se déroule souvent dans un climat de désordre, sans encadrement officiel, favorisant les abus.

Des étudiantes interrogées affirment que le baptême est régulièrement accompagné de comportements intrusifs et humiliants, loin de toute symbolique d’accueil. « C’est depuis la rentrée des cours d’octobre dernier que cette pratique continue. Ils nous versent de l’eau sur la tête, et pas seulement ça : ils mouillent aussi nos feuilles de cours. Dans le bus, ils nous interdisent de nous asseoir sur les chaises parce qu’ils disent que c’est réservé aux anciens », raconte une étudiante de première année, qui a requis l’anonymat par peur de représailles.

Le baptême sert parfois de porte d’entrée au harcèlement sexuel. « La dernière fois, un ancien m’a menacée en me disant que si je ne lui donnais pas mon numéro de téléphone, il allait très mal me baptiser. Et ces derniers jours, il me poursuit partout où je vais. Même lorsque je suis en plein cours, il se pointe à la fenêtre ou devant la porte pour me menacer. J’ai tellement peur… »

Des étudiantes affirment avoir subi :

des attouchements déguisés en plaisanteries ;

des propositions sexuelles explicites ;

des pressions pour obtenir des faveurs en échange d’une prétendue « protection » sur le campus.

Ces faits, bien que rarement dénoncés officiellement, sont décrits comme récurrents. Pourquoi si peu de plaintes ? Les étudiantes évoquent un climat de peur et de banalisation. Celles qui envisagent de parler craignent d’être stigmatisées, accusées de provocation ou de subir des représailles académiques ou sociales. « On nous dit que c’est comme ça, que ça a toujours existé. Alors beaucoup se taisent », explique une autre étudiante.

Face à ces dérives, l’administration universitaire a rappelé, à travers une note circulaire publiée en début d’année académique 2023-2024, que les pratiques de bizutage sont strictement interdites sur l’ensemble des campus de l’Université de N’Djaména. Elle a notamment dénoncé le fait que certains étudiants se présentant comme « généraux » ou « leaders » se livrent à des actes humiliants portant atteinte à la dignité des nouveaux inscrits. L’université a précisé que toute personne impliquée dans ces pratiques s’expose à des sanctions disciplinaires sévères et a appelé les doyens de facultés à veiller rigoureusement au respect de cette interdiction.

Derrière le terme anodin de « baptême des bleus » se cache une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. Pour les étudiantes victimes, ce rite n’est ni festif ni symbolique : il marque souvent le début d’un parcours universitaire sous le signe de la peur et de la contrainte. Lever le voile sur ces pratiques est une première étape pour faire de l’université un espace réellement sûr, respectueux et égalitaire.

Soliri Charlotte