• 6 mars 2026
  • N'Djamena

Près d’un an plus tard, le bus des artistes n’a toujours pas quitté sa place.

Près d’un an plus tard, le bus des artistes n’a toujours pas quitté sa place.

C’était en novembre 2024, dans l’enceinte d’une salle de la Bibliothèque nationale, que le ministre du Développement touristique, de la Culture et de l’Art, Abakar Rozzi Téguil, s’était adressé aux artistes venus pour la circonstance. « Le Président de la République, Chef de l’État, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, offre un bus aux ballets nationaux et autres artistes de différentes corporations », déclarait alors le Ministre.

« C’est un appui logistique qui témoigne de l’engagement du Chef de l’État envers le secteur culturel. C’est pour permettre aux artistes de se rendre plus facilement aux événements culturels », précisait-il. Près d’un an plus tard, le bus, lui, n’a toujours pas quitté sa place. Dans un pays où plus de 400 artistes, toutes corporations confondues, peinent à vivre de leur art, un seul bus pour l’ensemble des ballets nationaux et différentes corporations peut-il réellement répondre aux besoins du secteur ? Reste à savoir quel carburant alimentera enfin ce bus.

Sans s’attaquer aux vrais problèmes la précarité systémique des artistes, l’absence de financements pérennes, la faiblesse des infrastructures de diffusion, la lenteur dans la reconnaissance du statut de l’artiste ou encore le versement intégral des droits d’auteur on offre un objet, on comble un besoin immédiat et visible, plutôt que de construire ce qui permettrait au secteur de s’autosuffire et de prospérer.

Le risque, pourrait-on dire, est de réduire les artistes à des quémandeurs, plutôt que de les considérer comme des professionnels dont le travail contribue au développement. Un bus qui ne roule pas est une coquille vide : que symbolise-t-il alors ? Avait-on consulté les artistes sur leurs besoins prioritaires ? Peut-être qu’une enveloppe pour la maintenance des salles de répétition, un fonds d’urgence pour la création ou un investissement dans la formation technique aurait eu un impact plus immédiat et plus profond. Pour ces artistes qui l’observent, immobile, il n’est plus un appui logistique, mais le monument d’une attente déçue.

La culture n’est pas seulement un loisir : c’est un pilier du développement et de l’identité nationale. Cela nécessite de lui accorder une place prioritaire dans les discours, mais surtout dans les budgets et les actions du gouvernement. Aujourd’hui, le bus offert par le Président de la République est plus qu’un véhicule. Tant que la volonté fera défaut, le bus et l’ambition culturelle qu’il est censé incarner restera au point mort.

NGUENAMADJI Alfred