Au premier regard, l’Espace Talino Manu apparaît comme un lieu phare de la vie artistique locale. Temple de la création, il est présenté comme un centre où les artistes peuvent s’exprimer librement, un espace de rencontre entre disciplines, talents et ambitions. Pourtant, derrière cette image se cache une réalité : celle d’une structure contrainte de fonctionner avant tout comme une entreprise cherchant à survivre.
Ce lieu, censé incarner l’essor culturel, semble surtout révéler la fragilité économique du secteur. Pour accéder au local, il faut débourser un minimum de 100 000 francs CFA pour une journée de location. Une somme importante, surtout quand on sait qu’elle ne couvre que l’usage des murs. En effet, le promoteur ou l’artiste doit ensuite prendre à sa charge le reste : aménagement, logistique, sonorisation, communication, sécurité. Même le groupe électrogène, indispensable pour pallier les coupures d’électricité, est loué entre 60 000 et 70 000 francs CFA supplémentaires. Résultat : l’accès à cet espace reste réservé à ceux qui disposent déjà d’un capital financier solide.
L’ironie de la situation tient au fait que la direction de l’Espace Talino est assurée par des acteurs issus du milieu culturel. L’on s’attendait à une certaine solidarité, à des tarifs adaptés aux jeunes créateurs ou aux projets émergents. Mais la réalité est bien différente. Ceux qui y organisent spectacles ou expositions témoignent d’un sentiment d’étouffement face à des coûts jugés excessifs. On peut comprendre, peut-être, les gestionnaires, contraints de payer le loyer, les salaires, l’entretien, les impôts… La culture aussi a ses charges, dit-on.
À vouloir rester à flot, le centre semble toutefois s’éloigner de son rôle premier : celui d’un lieu dédié à la création. Les artistes ou promoteurs les plus précaires, souvent porteurs d’idées nouvelles, se retrouvent exclus faute de moyens. L’Espace Talino, qui se revendique comme un promoteur des cultures, se transforme alors en promoteur d’une certaine culture celle de ceux qui peuvent payer. La situation géographique du lieu complique encore les choses : éloigné des grands axes, les promoteurs de spectacles doivent déployer des efforts supplémentaires pour attirer le public. L’enjeu n’est plus seulement artistique, mais aussi logistique et commercial.
On comprend alors que la survie de l’Espace Talino repose sur un équilibre fragile : celui d’un lieu obligé de facturer cher pour exister, au risque d’étouffer ceux qu’il prétend soutenir.
NGUENAMADJI Alfred

