Les résultats de l’audit social et financier de la commune de Moundou, présentés lors d’un point de presse le 6 novembre 2025, ont jeté une lumière crue sur une gestion municipale désastreuse, marquée par une gabegie financière sidérante. Ces révélations interviennent alors que la population de Moundou fait face à des difficultés quotidiennes criantes, exacerbées par l’inaction des autorités.
L’audit, diligenté à la demande de plus des deux tiers des conseillers municipaux, a mis en évidence une situation financière catastrophique. Le déficit abyssal est le constat le plus alarmant, avec des comptes passant de 23,5 millions de FCFA en janvier 2025 à un solde négatif de plus de 2,4 milliards de FCFA au 31 août 2025. Cette chute vertigineuse est attribuée à une « gestion déficiente de l’exécutif ».Mbalkas Djimaldé Mbayamtar, Vice-président de la Commission d’audit et par ailleurs conseiller municipal, a souligné la gravité des soupçons de corruption et de détournement de fonds publics, chiffrés à 122,9 millions de FCFA. Parmi les dépenses jugées suspectes, 23 millions de FCFA auraient été alloués à la réparation de matériel sans preuve de réception, et 34 millions de FCFA ont été identifiés comme des dépenses inéligibles. À cela s’ajoute un reliquat non justifié de 86,7 millions de FCFA lié à un contrat d’affermage.
Sur le plan social, l’administration est également épinglée pour le recrutement abusif de plus de 110 personnes, dépassant largement les 50 postes autorisés, ainsi que pour des irrégularités dans l’attribution des marchés publics, effectués sans les Dossiers d’Appel d’Offres (DAO) requis.Ces malversations et cette gabegie financière se déroulent dans un contexte où les besoins fondamentaux des habitants sont ignorés.
La Mairie aurait failli à sa mission ces dernières années, laissant les citoyens aux prises avec l’impraticabilité de certaines routes en saison pluvieuse, le manque d’électricité dans les quartiers reculés, les inondations récurrentes, l’insuffisance d’eau potable et une insécurité grandissante. L’opulence des détournements contraste de manière choquante avec la misère des services publics et le sort des employés municipaux, confrontés à des salaires coupés et à plus de deux ans d’arriérés de salaire hérités des anciennes administrations.
Face à ces révélations accablantes, plus des deux tiers des conseillers ont signé une pétition pour exiger une session extraordinaire. L’objectif est clair : faire toute la lumière sur ces soupçons et engager des poursuites judiciaires contre les présumés coupables, tout en mettant en œuvre des recommandations, comme la bancarisation des salaires, pour assainir la gestion municipale.
Dingaorané Stephane, Correspondant

