• 6 mars 2026
  • N'Djamena

5 actus tchadiennes de la semaine à lire absolument !

5 actus tchadiennes de la semaine à lire absolument !

Cette semaine, le Tchad a été riche en actualités. Entre politique, culture, environnement et faits divers, nous revenons sur 5 informations importantes à ne pas manquer. Du retrait du GCAP des activités politiques à l’invasion de babouins dans le Guéra, en passant par des incidents locaux et des phénomènes préoccupants à Koumra, découvrez l’essentiel de ce qui fait l’actualité du pays.

1-Tchad: la culture, chassée de son propre palais

Autrefois appelé « Palais du 15 janvier », ce lieu a été rebaptisé « Palais des Arts et de la Culture ». En effet, le décret n°0143/PT/2022 du 23 décembre 2022 a officiellement acté ce changement de nom. Une dénomination qui, aux premières heures, sonnait comme une priorité affichée. Cependant, la réalité est tout autre.


En réalité, ce ne fut qu’un laps de temps, car cet édifice qui incarnait verbalement les Arts et la Culture a, physiquement, cessé de les abriter. Aujourd’hui, il est devenu le siège du Sénat. Ainsi, soixante-neuf sénateurs siègent désormais là où le ministre en charge de la Culture avait son bureau et où résonnaient jadis les mélodies du Festival Dary. Certes, le discours politique reconnaît l’importance de la culture, mais cette reconnaissance s’arrête souvent aux mots, aux décrets et aux inaugurations. Autrement dit, le palais a gagné un nom, tandis que la culture, elle, a perdu un lieu.


De plus, au Tchad, la culture est un secteur que l’on relègue facilement au dernier rang et dans les espaces les moins prestigieux. Or, le Sénat, chambre de représentation des territoires, incarne certes la souveraineté nationale. Mais son installation dans un lieu auparavant consacré à la création et à l’administration culturelle laisse croire que l’institution politique a toujours priorité sur l’institution culturelle. Dès lors, comment un ministre pourrait-il défendre avec force le patrimoine culturel s’il voit son bureau arraché ? Il faut dire que, plus profondément, il existe un manque de volonté pour traduire les engagements en actes.
En outre, la culture est souvent présentée comme le fondement de l’identité nationale, un vecteur de cohésion sociale, un levier de développement économique. Pourtant, si on la célèbre dans les discours et si on lui dédie des palais en paroles, on lui refuse, dans la pratique, les outils de son autonomie et de sa vitalité. En somme, elle est l’invitée d’honneur des cérémonies officielles, mais, paradoxalement, on lui demande souvent de se taire.


Enfin, la culture n’a pas seulement besoin de palais : elle a besoin de reconnaissance tangible, d’indépendance, et d’une place réelle, non pas dans l’intitulé des décrets, mais au cœur des préoccupations et des actions de ceux qui gouvernent.

2-Tchad : le GCAP annonce son retrait de la scène politique dès 31 octobre 2025 jusqu’à nouvel ordre

Dans une déclaration rendue publique le 22 octobre 2025, le Groupement de concertation des acteurs politiques (GCAP) a annoncé le retrait de ses partis membres de toutes les activités politiques, en signe de protestation contre une série de mesures institutionnelles qu’il qualifie de « confiscation du pouvoir » par le parti au pouvoir et de transformation du pays en « propriété politique ». Cette décision prendra effet le 31 octobre 2025.

Le GCAP accuse des députés et sénateurs proches du Président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, d’avoir procédé à des modifications constitutionnelles et institutionnelles du préambule jusqu’à la mainmise sur la justice destinées, selon sa déclaration, à pérenniser le pouvoir du MPS.

Face à ce qu’il appelle une « promulgation irrégulière d’une constitution », le regroupement politique a décidé de se retirer temporairement des activités politiques, en guise de protestation pacifique.

Le GCAP reproche également à certaines autorités récemment nommées de s’être arrogé des prérogatives appartenant au peuple. Parmi les points dénoncés figurent :
la modification du préambule supprimant le pluriel « Nous, Peuple tchadien » ;
la transformation du 1er décembre (fête du MPS) en fête nationale ;
la concentration de fonctions, le chef de l’État cumulant des responsabilités publiques et privées ;
la création d’un poste de vice-Premier ministre ; le transfert de certaines publications prérogatives du Conseil supérieur de la magistrature au ministre de la Justice ;
l’allongement unilatéral des mandats et l’ouverture à une candidature illimitée du chef de l’État.


La possibilité de reporter indéfiniment les élections à tous les niveaux. Selon le Groupement de concertation des acteurs politiques, « cet acte hautement politique n’est nullement une démission, mais une protestation pacifique et politique contre la confiscation des droits fondamentaux et des libertés publiques ». En adoptant cette position, le GCAP marque une nouvelle étape dans la confrontation politique au Tchad.

Le retrait de ses activités vise à alerter l’opinion publique sur ce qu’il décrit comme une dérive autoritaire. Les prochains jours permettront de savoir si cette décision mènera à un mouvement de contestation plus large, à des négociations ou à une recomposition institutionnelle du paysage politique.

3-Guéra : des babouins en quête de survie sèment la panique dans les villages

Chaque matin, à l’aube, des groupes de babouins descendent des montagnes à la recherche de nourriture et d’eau. Ce qui n’était autrefois qu’un simple spectacle de la faune est devenu un véritable fléau pour les populations riveraines.

De plus en plus audacieux, ces primates s’introduisent désormais dans les habitations, détruisent les réserves alimentaires, renversent l’eau et ravagent les cultures. Les champs de maïs et d’arachides, principales sources de subsistance des habitants, sont particulièrement touchés. « Nous vivons dans la peur et l’impuissance. Ces babouins détruisent tout sur leur passage. Même nos chambres ne sont plus épargnées », témoigne un habitant. « Dès l’aube, il faut surveiller les toits et les fenêtres, car ils n’hésitent plus à entrer dans les cases pour fouiller les marmites », ajoute-t-il.

Face à cette situation critique, les habitants expriment une colère mêlée de désarroi et en appellent à une intervention urgente des autorités locales ainsi que des services de l’environnement pour contenir cette invasion et protéger leurs moyens de subsistance.

Le Délégué provincial de l’Environnement du Guéra, Tchagseng Alexandre Homi, reconnaît la gravité du phénomène. « Ce constat est bien réel. Ces babouins, à la recherche de nourriture et d’eau, pénètrent dans les ménages, ce qui provoque la colère des riverains. Nous avons élaboré un projet et sollicité le concours du Fonds spécial en faveur de l’environnement, qui a accordé une ligne budgétaire pour nous aider à trouver une solution durable », a-t-il expliqué.

Selon plusieurs observateurs, cette migration inhabituelle des babouins vers les zones habitées serait liée à la dégradation de leur habitat naturel. La rareté des ressources alimentaires en montagne, aggravée par les changements climatiques et la déforestation progressive, contraint ces animaux à s’approcher des villages pour survivre.

Face à l’ampleur du problème, les populations appellent à une concertation multisectorielle réunissant les autorités administratives, les services de la faune, les ONG spécialisées et les communautés locales. L’objectif : élaborer des stratégies durables de cohabitation pacifique, capables de préserver à la fois la biodiversité et la sécurité alimentaire des habitants du Guéra.

4-Logone Oriental : Un conflit entre cultivateur et éleveur fait un blessé grave à Béria

Un grave incident a éclaté le 18 octobre dernier dans le village de Béria, situé dans le canton Bépara, département du Kouh-Est, province du Logone Oriental, opposant un cultivateur à un éleveur.

Selon des témoignages recueillis sur place, un champ de sésame a été dévasté par un troupeau de bœufs appartenant à un jeune bouvier. En se rendant fortuitement sur sa parcelle, le propriétaire a constaté les dégâts et tenté de repousser les animaux. Le berger, refusant d’obtempérer, une altercation s’en est suivie et a rapidement dégénéré.

Armé d’un couteau, le bouvier aurait porté un violent coup à la tête du cultivateur, le blessant grièvement. Les deux hommes ont finalement été blessés lors de l’affrontement et évacués ensemble au centre de santé de Bépara pour y recevoir des soins. Par la suite, les gendarmes ont interpellé le bouvier et l’ont conduit à Bodo pour les besoins de l’enquête.

Contacté par nos soins, le chef de canton de Bépara, Djikoloum Chérubin, a fermement condamné cet acte. « Nous appelons les autorités administratives à s’impliquer urgemment dans la gestion de ce dossier afin d’éviter que ce cas isolé ne se transforme en conflit communautaire », a-t-il déclaré.

Il a par ailleurs rappelé que la cohabitation pacifique entre agriculteurs et éleveurs demeure essentielle pour préserver la stabilité et la sécurité dans la région.

5-Tchad : à Koumra, la prostitution prend de l’ampleur

À Koumra, chef-lieu de la province de Mandoul, le phénomène de la prostitution inquiète de plus en plus la population. À la tombée de la nuit, de jeunes filles, parfois à peine majeures et venues de différentes localités de la province, abordent des hommes pour proposer leurs services contre rémunération. Selon des témoins, ce phénomène est largement observable le long des axes principaux et dans les lieux fréquentés de la ville.

Selon Matthias, natif de Koumra, mototaxi de son état « les filles viennent nombreuses ici, surtout dès 20 h. Si tu t’arrêtes sur l’axe lourd, elles n’hésitent pas à venir défiler ». Il indique que l’auberge Mokolo et ses environs, situés non loin du grand marché, ainsi que les allées des bars et les abords de la Mairie, sont parmi les zones les plus fréquentées.

Le phénomène est souvent lié à la pauvreté et au manque d’activités économiques, qui poussent certaines jeunes filles à se tourner vers cette activité pour subvenir à leurs besoins. Les habitants et autorités locales expriment leur préoccupation, soulignant la nécessité de mesures sociales et éducatives pour encadrer et protéger cette frange de la population vulnérable.