Au marché de Dembé, l’aube ne rime pas avec repos. Tandis que la ville s’éveille à peine, une autre vie s’anime déjà. Dans un ballet de cris, de ballots et de marchandages, des jeunes se lancent dans une quête quotidienne : celle de la friperie. Entre débrouille et espoir, ils transforment les vêtements venus d’ailleurs en véritable moyen de subsistance.
Il est à peine six heures du matin. Les premiers rayons du soleil percent timidement le ciel de N’Djamena, mais déjà, les allées du marché vibrent. Les grossistes interpellent, les sacs se déchargent à la hâte, les vendeurs s’affairent. Ici, le temps est un luxe : il faut arriver tôt pour espérer dénicher les meilleures pièces.
Au milieu de cette effervescence, Ngakoutou Stéphane, licencié en sociologie, fouille minutieusement un ballot de vêtements. Il cherche la perle rare qu’il pourra revendre. « Je quitte Atrone à cinq heures du matin pour venir ici », confie-t-il. « Ce n’est pas un travail facile, mais c’est grâce à ça que je me prends en charge. » Comme lui, ils sont nombreux, ces jeunes diplômés sans emploi, à se tourner vers la friperie pour survivre. Certains revendent au détail dans les quartiers, d’autres s’associent pour acheter en gros. Ce commerce, longtemps perçu comme informel, est devenu pour beaucoup une source de dignité et d’indépendance économique.

Parmi eux, Allabo Moustapha a franchi un cap. Ancien aide-vendeur, il est aujourd’hui propriétaire de sa propre boutique. « J’ai commencé avec presque rien. Petit à petit, j’ai appris le métier. Aujourd’hui, j’ai deux employés et je vis de mon commerce », raconte-t-il avec fierté. Le parcours de ces jeunes témoigne d’une réalité : face au chômage persistant, l’ingéniosité est devenue une arme. Dans les allées animées de Dembé, les rêves se mêlent à la sueur, la précarité à la persévérance.
Au marché de Dembé, la friperie n’est pas qu’un commerce : c’est une école de résilience, d’apprentissage et d’espoir pour toute une génération.
Djimhodoum Serge

