Chaque matin, à l’aube, des groupes de babouins descendent des montagnes à la recherche de nourriture et d’eau. Ce qui n’était autrefois qu’un simple spectacle de la faune est devenu un véritable fléau pour les populations riveraines.
De plus en plus audacieux, ces primates s’introduisent désormais dans les habitations, détruisent les réserves alimentaires, renversent l’eau et ravagent les cultures. Les champs de maïs et d’arachides, principales sources de subsistance des habitants, sont particulièrement touchés. « Nous vivons dans la peur et l’impuissance. Ces babouins détruisent tout sur leur passage. Même nos chambres ne sont plus épargnées », témoigne un habitant. « Dès l’aube, il faut surveiller les toits et les fenêtres, car ils n’hésitent plus à entrer dans les cases pour fouiller les marmites », ajoute-t-il.
Face à cette situation critique, les habitants expriment une colère mêlée de désarroi et en appellent à une intervention urgente des autorités locales ainsi que des services de l’environnement pour contenir cette invasion et protéger leurs moyens de subsistance.
Le Délégué provincial de l’Environnement du Guéra, Tchagseng Alexandre Homi, reconnaît la gravité du phénomène. « Ce constat est bien réel. Ces babouins, à la recherche de nourriture et d’eau, pénètrent dans les ménages, ce qui provoque la colère des riverains. Nous avons élaboré un projet et sollicité le concours du Fonds spécial en faveur de l’environnement, qui a accordé une ligne budgétaire pour nous aider à trouver une solution durable », a-t-il expliqué.
Selon plusieurs observateurs, cette migration inhabituelle des babouins vers les zones habitées serait liée à la dégradation de leur habitat naturel. La rareté des ressources alimentaires en montagne, aggravée par les changements climatiques et la déforestation progressive, contraint ces animaux à s’approcher des villages pour survivre.

Face à l’ampleur du problème, les populations appellent à une concertation multisectorielle réunissant les autorités administratives, les services de la faune, les ONG spécialisées et les communautés locales. L’objectif : élaborer des stratégies durables de cohabitation pacifique, capables de préserver à la fois la biodiversité et la sécurité alimentaire des habitants du Guéra.
Bechir Badjoury Abbanou, Correspondant

