Au Tchad, la coutume veut qu’après l’obtention d’un diplôme supérieur, les jeunes diplômés déposent leurs dossiers à la fonction publique dans l’espoir d’une intégration.Mais ce processus, censé être une formalité, se transforme en un véritable parcours du combattant.
Constitution de dossiers coûteux, paperasse interminable, allers-retours épuisants, rendez-vous sans suite… Beaucoup finissent par abandonner, laissant leurs dossiers entre les mains de fonctionnaires peu scrupuleux.
Mbaïamnoudji Evrard, un diplômé venu faire le suivi de son dossier, témoigne : « Ils m’ont donné rendez-vous mille et une fois. Chaque fois que je reviens, le bureau où mon dossier est censé se trouver est fermé. Je ne sais plus quoi faire. »
Un autre raconte :« Cela fait dix ans que je viens ici. À chaque fois, on me dit de revenir demain. Un jour, un agent m’a proposé de payer pour accélérer mon intégration. Comme je n’avais pas l’argent, il m’a dit d’oublier mes dossiers. »
Face à ces lenteurs et pratiques douteuses, beaucoup de jeunes diplômés se découragent. Certains se reconvertissent dans le petit commerce, et la majorité deviennent conducteurs de moto-taxi (clandoman). D’autres, faute de perspectives, sombrent dans la dépression ou se retrouvent vulnérables à la délinquance.
Cette situation soulève une question brûlante : à quoi sert-il de faire des études si l’intégration à la fonction publique relève de l’impossible ?
Alors que les discours officiels placent la jeunesse au cœur du développement national, la réalité est bien différente. Le nombre de diplômés ne cesse de croître, et avec lui la frustration. Pourtant, cette jeunesse est prête à servir son pays, encore faut-il que l’État lui ouvre la porte. Le gouvernement doit cesser de se limiter aux discours : l’heure est à l’action.
Soliri Charlotte

