Sali Mohammadou Djasmine, aujourd’hui âgé d’une cinquantaine d’années, est reconnu comme le fondateur du service de moto-taxi à Moundou. Réfugié au Cameroun à la suite des événements de 1975, il est revenu dans sa ville natale à la fin de l’année 1989, où il exerçait le métier de mécanicien. Constatant le nombre limité de taxis traditionnels à peine une quinzaine de véhicules pour toute la ville il a eu l’idée d’introduire une alternative innovante : le transport par moto-taxi.
L’initiative est née de manière fortuite. Un jour, après avoir transporté gratuitement une femme enceinte, cette dernière lui remit 100 francs en guise de paiement. Ce geste inattendu a révélé l’existence d’un besoin pressant en matière de mobilité urbaine, alors que la ville s’étendait et que les taxis devenaient insuffisants. Le service a rapidement gagné en popularité, atteignant 17 motos en circulation.
Cette expansion a toutefois suscité la méfiance des taximen traditionnels, entraînant plaintes, arrestations et saisies de motos. Face à ces difficultés, Sali Mohammadou Djasmine a interpellé les autorités politiques, qui ont fini par reconnaître l’importance du moto-taxi. L’activité a alors été encadrée, avec une période de tolérance de cinq mois avant la mise en place d’une réglementation officielle. Pour anticiper les exigences de l’État, le fondateur a demandé aux conducteurs de contribuer à hauteur de 100 francs par jour.
Obstacles et régulation progressive
Au début de sa formalisation, le secteur a rencontré plusieurs obstacles. Les commissariats enregistraient de nombreux accidents, poussant les autorités à douter de la viabilité du service. Sali Mohammadou Djasmine a alors plaidé en faveur d’une organisation progressive, affirmant que « les conducteurs apprendraient à travailler de manière ordonnée ».
Un autre défi concernait la tarification. Bien qu’un prix standard de 200 francs par quartier ait été fixé avec des exceptions pour l’aéroport, les ponts ou les personnes en uniforme, certains conducteurs informels ne respectaient pas ces règles, créant des tensions avec les clients. « Au Tchad, le commerce est libéral, je ne pouvais rien imposer », reconnaît le fondateur.
Un service devenu indispensable
Malgré ces difficultés, le service s’est consolidé et les bureaux de moto-taxis se sont multipliés à Moundou. « Bien qu’il n’existe pas de monopole, nous parlons le même langage et nous nous comprenons », confie Sali Mohammadou Djasmine. Conscient des dérives possibles, il invite la population à rester vigilante face à certains individus qui se cachent derrière la tenue de conducteur pour commettre des crimes. Il exhorte également les clandomen à exercer leur activité avec honnêteté et prudence.
Trente-six ans après son introduction, le métier de clando s’est imposé comme une véritable alternative de transport, offrant une source de revenus à de nombreux jeunes diplômés sans emploi. Au-delà de son rôle économique, il rend un service essentiel à la population : transport nocturne des malades vers les centres de santé, assistance aux femmes enceintes et facilitation des déplacements interurbains. Le moto-taxi, longtemps contesté, est ainsi devenu un acteur incontournable de la mobilité urbaine au Tchad.
Dingaorané Stéphane, Correspondant

