Au Tchad, la saison des pluies ne se contente pas de nourrir les champs et d’inonder les rues : elle plonge aussi les scènes et les rendez-vous culturels dans le silence. Chaque année, dès la mi-août, une fois la célébration de l’indépendance achevée, spectacles et concerts s’effacent, laissant N’Djamena, capitale censée vibrer au rythme des arts, dans une torpeur culturelle.
Cependant, il faut être honnête : la pluie n’est qu’un prétexte. Le véritable problème se situe ailleurs, dans une réalité que beaucoup refusent de voir. Les rares espaces culturels dignes de ce nom, tels que le Centre culturel Talino Manu ou l’ACAMOD, sont des structures à ciel ouvert. Dès qu’un nuage gronde, les artistes rangent leurs instruments, les promoteurs renoncent, et le public reste chez lui. Comment expliquer qu’une capitale comme N’Djamena ne dispose toujours pas d’une salle de spectacle moderne, couverte et équipée ? Jusqu’à quand la salle de cinéma Normandie restera-t-elle fermée ?
Ce déficit d’infrastructures n’est pas anodin. Il prive une jeunesse avide d’expression artistique de son droit de briller et enferme les créateurs dans une visibilité précaire. Pire encore, il asphyxie une économie culturelle déjà fragile. Ainsi, la pluie devient le symbole d’un cycle de résignation, alors que la culture ne devrait pas dépendre des caprices du climat.
Construire des infrastructures solides, pensées pour durer et accueillir l’art en toutes saisons, devrait être une priorité. Or, les pouvoirs publics se contentent de discours creux, les partenaires privés détournent le regard et protègent leurs intérêts financiers, tandis que la jeunesse majorité démographique du pays attend toujours son droit de rêver, de créer et de vibrer.
Aujourd’hui, faute d’une prise de responsabilité des artistes, des promoteurs et surtout des pouvoirs publics, la pluie continuera d’imposer son diktat et de réduire au silence la créativité d’un peuple en quête d’expression.

