Depuis la sortie de son ambitieux album “Transition”, composé de 19 titres, l’artiste Wawy-B, autoproclamée « Woman Trône » du rap tchadien, semble s’être éclipsée de la scène médiatique. Ce silence, loin d’être anodin, soulève des interrogations légitimes. Est-ce une prise de distance stratégique ou bien le début d’une rupture entre l’artiste et son équipe ? Le constat, en tout cas, est sans appel: Le silence là.
En effet, il y a à peine un an, tout semblait sourire à la jeune rappeuse. Signée chez El Tchado Agency depuis avril 2023, Wawy-B affichait une ambition claire : devenir une star, et non simplement une artiste comme les autres. À travers son manager Abdelkadre Ngaba, son nom commençait à circuler bien au-delà des frontières tchadiennes, avec des collaborations remarquées aux côtés de Ngone Saar, Obie G, ainsi que des apparitions sur scène en France et au Congo. L’album “Transition”, quant à lui, abordait des thématiques nobles telles que l’autonomisation, le leadership féminin et la résilience.

Cependant, nonobstant la qualité des messages véhiculés, l’opus est resté tiède. Le public a-t-il réellement adhéré ? Rien n’est moins sûr: Le doute s’ étale à la longueur de son silence.
Derrière l’image soignée, les tenues élégantes et les clichés bien cadrés, une réalité plus complexe semble se dessiner : celle d’une artiste peut-être victime de son propre mythe. Longtemps restée dans l’ombre protectrice de son manager, Abdelkadre Ngaba, puis brusquement apparue seule, Wawy-B semble aujourd’hui flotter entre deux eaux. Certains évoquent une volonté d’auto-production ; d’autres parlent de tensions internes avec son label. Quoi qu’il en soit, sa visibilité d’hier a cédé la place à une inquiétante opacité qui laisse libre cours à toute interprétation.
De plus, dans un paysage musical tchadien en pleine structuration, l’instabilité des carrières d’artistes devient malheureusement une norme. Les exemples sont nombreux et récents : Ghis B, MBH La Bombe, Mr Nan, Browning T, etc. Tous ont quitté leur label trop tôt, souvent sans plan de repli. Wawy-B est-elle en train de suivre ce même sentier glissant ?
Dès lors, il ne suffit pas d’un slogan ou d’un surnom pour régner sur le rap game. Le talent, certes, Wawy-B en possède. Toutefois, l’indépendance artistique ne s’improvise pas. À plus forte raison, le charisme ne remplace pas une stratégie solide. Dans un milieu aussi impitoyable que le rap tchadien, l’orgueil et les décisions précipitées sont les ennemis de la longévité. L’artiste ferait donc bien de méditer l’exemple de ses confrères.

Finalement, la question n’est plus de savoir si la rappeuse quitte son label, mais plutôt si elle saura transformer ce silence en musique et ce doute en renaissance. Car dans le rap, le trône ne se réclame pas : il se mérite. C’est à Wawy-B de trancher face à ce silence qui alimente les spéculations.
NGUENAMADJI Alfred

