• 7 mars 2026
  • N'Djamena

Tchad : polémique sur l’utilisation des fonds destinés à la promotion du livre et de la littérature nationale

Tchad : polémique sur l’utilisation des fonds destinés à la promotion du livre et de la littérature nationale

Le Président du Groupement des Éditeurs du Livre au Tchad, l’écrivain Barka Tao, a dénoncé, lors d’un point de presse tenu ce 7 novembre 2025, la disparition “d’une somme colossale de 400 millions de FCFA destinée à l’acquisition d’ouvrages d’auteurs et d’écrivains Tchadiens“, en vue de garnir les rayons de la Bibliothèque nationale et de promouvoir les talents littéraires.

Selon lui, ce montant, octroyé en 2022 par le Chef de l’État, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, visait à soutenir les acteurs de la chaîne du livre et à encourager la littérature nationale. Or, le Président du groupement affirme que ces fonds auraient été détournés, privant ainsi les auteurs et éditeurs Tchadiens d’un appui essentiel à la valorisation de leurs œuvres.

Cependant, quelques heures après ce point de presse, le Ministère du Développement touristique, de l’Artisanat et de la Culture a démenti ces allégations. À ce propos, il précise : « À la demande du Ministère, le Gouvernement a approuvé le principe d’une provision budgétaire destinée à soutenir ce projet, pour un montant de 607 000 000 FCFA, et non 400 000 000 FCFA, comme faussement avancé. » Chemin faisant, le communiqué ajoute également :« Ce projet, rendu public dès sa conception lors du lancement du Mois du Livre et de la Lecture en novembre 2022, s’inscrit dans une démarche de transparence visant à enrichir le patrimoine culturel et intellectuel du Tchad par l’acquisition d’œuvres nationales et internationales. Conformément aux règles régissant la commande publique, la procédure suit son cours normal. Des consultations préliminaires ont été engagées, notamment avec le Groupement des Éditeurs du Livre du Tchad, comme cela a été rappelé publiquement lors de leur récent point de presse. », Dans le même sillage, le Ministère assure enfin que la procédure est toujours en cours, en concertation avec les acteurs de la vie du livre.

Cependant, une question se pose naturellement, bien que les procédures administratives soient souvent lentes, l’on se demande pourquoi, depuis 2022, rien n’a été fait jusqu’à ce point de presse puisse bouger les lignes. Pourquoi une telle lenteur administrative face aux nécessités du moment ? Quoi qu’il en soit, un écart de trois ans laisse planer le doute.

En réalité, si les consultations élargies ont bien été menées, cet appui financier primordial du Chef de l’État pourrait permettre d’accorder des résidences d’écriture, d’organiser des cafés littéraires, ou encore de parrainer des cérémonies de présentation et de dédicace des jeunes talents littéraires, voire de primer les meilleurs éditeurs et auteurs, contribuant ainsi au rayonnement culturel et artistique du pays.

Par ailleurs, il convient de rappeler que les acteurs du livre, bien qu’engagés et bénévoles, manquent cruellement de soutien institutionnel. En effet, les écrivains eux-mêmes cotisent régulièrement pour organiser des festivals internationaux ainsi que diverses manifestations littéraires et artistiques, ce qui témoigne du manque d’accompagnement structurel dont souffre ce secteur.

C’est pourquoi Barka Tao appelle à une enquête transparente et à la clarification de cette affaire, qu’il considère comme un préjudice majeur pour la culture et pour le développement du livre tchadien.

Cheik Souleyman