La justice et l’égalité constituent les fondements d’un État de droit, principes auxquels aspire l’immense majorité des Tchadiens. Cependant, ces valeurs peinent à s’imposer face à des maux qui sapent la bonne gouvernance. Parmi eux, la corruption demeure le plus nocif, car elle prive l’État et les citoyens de ressources colossales qui auraient pu servir au développement du pays.
Dans un tel contexte, il devient difficile d’impulser une dynamique capable d’améliorer les indicateurs socio-économiques du Tchad. C’est pourquoi des mesures énergiques s’imposent pour engager le pays sur la voie d’un progrès durable. Cela passe nécessairement par une lutte ferme et sans compromis contre la corruption, véritable frein au développement depuis de nombreuses années.
Conscient de l’ampleur du fléau, le Président de la République, dans son message à la Nation prononcé à la veille du 11 août 2025, date anniversaire de l’indépendance du Tchad, a ainsi appelé à une mobilisation totale. Il a exhorté l’Agence indépendante de lutte contre la corruption, la Cour des comptes et le pouvoir judiciaire à unir leurs efforts afin de faire front commun contre ce mal endémique.
Cet engagement présidentiel, salué par de nombreux observateurs, ne doit donc pas rester lettre morte. En effet, il traduit la volonté de mettre fin à l’inertie institutionnelle et à l’impunité qui, jusqu’ici, ont permis à certains individus d’abuser de leur position au détriment de l’intérêt général. De plus, l’indépendance accordée aux institutions de contrôle et le mandat clair donné aux organes judiciaires pourraient offrir une lueur d’espoir à une population longtemps confrontée à l’injustice et à l’oppression.
Par ailleurs, le Chef de l’État a donné des instructions strictes aux acteurs du système judiciaire et aux organes de contrôle, affirmant que l’intérêt public doit primer sur les intérêts privés. Le message est clair : le temps de l’impunité est révolu. Ainsi, aucune figure influente ne devrait désormais échapper à la loi.
Soixante-cinq ans après son indépendance, le Tchad se trouve plus que jamais à la croisée des chemins. D’une part, l’ambition républicaine de bâtir un État juste et équitable ; d’autre part, la réalité d’un appareil étatique encore gangrené par l’opportunisme et les intérêts personnels.
Dès lors, une question s’impose : cette volonté présidentielle, si clairement affichée, se traduira-t-elle en actes concrets et durables, ou rejoindra-t-elle la longue liste des promesses oubliées ? L’avenir, seul, nous le dira.
Yarcho Abani Abicho

