• 7 mars 2026
  • N'Djamena

Tchad: la culture, chassée de son propre palais

Tchad: la culture, chassée de son propre palais

Autrefois appelé « Palais du 15 janvier », ce lieu a été rebaptisé « Palais des Arts et de la Culture ». En effet, le décret n°0143/PT/2022 du 23 décembre 2022 a officiellement acté ce changement de nom. Une dénomination qui, aux premières heures, sonnait comme une priorité affichée. Cependant, la réalité est tout autre.

En réalité, ce ne fut qu’un laps de temps, car cet édifice qui incarnait verbalement les Arts et la Culture a, physiquement, cessé de les abriter. Aujourd’hui, il est devenu le siège du Sénat. Ainsi, soixante-neuf sénateurs siègent désormais là où le ministre en charge de la Culture avait son bureau et où résonnaient jadis les mélodies du Festival Dary. Certes, le discours politique reconnaît l’importance de la culture, mais cette reconnaissance s’arrête souvent aux mots, aux décrets et aux inaugurations. Autrement dit, le palais a gagné un nom, tandis que la culture, elle, a perdu un lieu.

De plus, au Tchad, la culture est un secteur que l’on relègue facilement au dernier rang et dans les espaces les moins prestigieux. Or, le Sénat, chambre de représentation des territoires, incarne certes la souveraineté nationale. Mais son installation dans un lieu auparavant consacré à la création et à l’administration culturelle laisse croire que l’institution politique a toujours priorité sur l’institution culturelle. Dès lors, comment un ministre pourrait-il défendre avec force le patrimoine culturel s’il voit son bureau arraché ? Il faut dire que, plus profondément, il existe un manque de volonté pour traduire les engagements en actes.

En outre, la culture est souvent présentée comme le fondement de l’identité nationale, un vecteur de cohésion sociale, un levier de développement économique. Pourtant, si on la célèbre dans les discours et si on lui dédie des palais en paroles, on lui refuse, dans la pratique, les outils de son autonomie et de sa vitalité. En somme, elle est l’invitée d’honneur des cérémonies officielles, mais, paradoxalement, on lui demande souvent de se taire.

Enfin, la culture n’a pas seulement besoin de palais : elle a besoin de reconnaissance tangible, d’indépendance, et d’une place réelle, non pas dans l’intitulé des décrets, mais au cœur des préoccupations et des actions de ceux qui gouvernent.

Nguénamadji Alfred