Perles, chaînes en or ou en argent, simples ficelles… les chevillères se déclinent aujourd’hui sous de multiples formes et s’affichent fièrement autour des chevilles, qu’elles soient droites ou gauches. Devenues un véritable phénomène de mode, ces parures féminines suscitent pourtant des débats passionnés au sein de la société tchadienne.
Si certaines y voient un simple accessoire esthétique, d’autres leur attribuent des significations diverses, souvent sujettes à jugement. Dans de nombreux foyers, le port de la chaîne de cheville provoque même des tensions. Certains hommes refusent catégoriquement que leurs épouses ou filles en portent, estimant que cela ternit l’image de la famille et reste mal perçu socialement. Pour eux, cet ornement demeure associé à une moralité douteuse. Les qualificatifs de « prostituée », « lesbienne », « célibataire » ou encore « coquette » sont fréquemment employés pour désigner celles qui en portent. Ces divergences d’interprétation ont parfois conduit à des disputes conjugales, voire à des séparations.

Pourtant, au Tchad, la chevillère ne se limite pas à un simple effet de mode : elle est également porteuse de croyances et de symboles. Dans certaines cultures, elle est considérée comme un talisman protecteur contre le mauvais œil ou un objet favorisant les énergies positives. Des anciens affirment qu’elle marquait autrefois la distinction sociale ou la beauté, tandis que d’autres rappellent qu’elle pouvait aussi désigner un statut d’esclave. Certaines mères en offrent à leurs filles dès le plus jeune âge, en signe de protection et de continuité des traditions familiales.
Entre modernité et héritage culturel, la chaîne de cheville divise toujours. Pour certaines femmes, elle ne reflète qu’un choix personnel et esthétique, dépourvu de toute connotation symbolique. Pour d’autres, elle demeure un marqueur identitaire et culturel fort.
Ainsi, la chevillère, bien plus qu’un simple bijou, se présente comme une passerelle entre le passé et le présent. Elle incarne à la fois la beauté, la mémoire collective et l’attachement aux racines. Qu’elle soit traditionnelle ou moderne, elle continue de danser au rythme des pas des femmes, rappelant que la liberté d’expression corporelle demeure avant tout une affaire de choix individuel.
Hala Malaine

