Sous le soleil ardent de N’Djamena, sur les rives du fleuve Chari, des femmes handicapées livrent chaque jour un combat silencieux, empreint de courage et de dignité. Invisibles pour beaucoup, elles refusent pourtant la fatalité et s’imposent comme de véritables modèles de résilience en embrassant l’entrepreneuriat pour subvenir aux besoins de leurs familles.
Malgré les obstacles physiques, la stigmatisation et les difficultés économiques, ces femmes ont choisi de travailler pour vivre dignement. Certaines d’entre elles traversent quotidiennement le fleuve Chari, poussant ou tirant leur pousse-pousse chargé de marchandises : fruits, légumes, tissus, charbon ou objets divers, tout est bon pour générer un revenu. Ces traversées périlleuses témoignent d’une force intérieure hors du commun.
« Nous ne voulons pas tendre la main, nous voulons juste travailler », confie Ronel, vendeuse de poisson fumé, qui a perdu l’usage de ses jambes à la suite d’un accident de moto.
D’autres, nées avec un handicap, se sont tournées vers le petit commerce et l’artisanat pour s’affirmer autrement. Elles fabriquent des bijoux, des paniers ou des produits de beauté qu’elles écoulent sur les marchés de la capitale. Malgré le manque de soutien et l’absence d’accès au financement, elles incarnent un entrepreneuriat de survie, mais aussi de dignité.
Pour certaines, l’accident de la vie a marqué un tournant brutal. Abandonnées par leurs conjoints ou marginalisées par la société, elles ont dû se réinventer. « Quand tout s’écroule, il faut se relever seule », raconte Mariam, mère de quatre enfants, qui vend des arachides grillées au bord de la route. Son fauteuil roulant, usé par le temps, est devenu à la fois son outil de travail et le symbole de son courage.
Au-delà de leurs difficultés, ces femmes inspirent par leur ténacité. Leur combat quotidien rappelle que le handicap n’est pas une limite, mais une condition que la volonté peut transcender. Leur exemple interroge également : comment renforcer leur inclusion économique ? Car si elles parviennent à entreprendre avec si peu, imaginez ce qu’elles pourraient accomplir avec un accompagnement adapté, un accès au microcrédit et une véritable reconnaissance de leur contribution.
Ces femmes, qui affrontent chaque jour le fleuve et les préjugés, incarnent la force du Tchad : celle d’un peuple qui refuse de céder, même lorsque tout semble perdu.
Elles prouvent que l’entrepreneuriat, bien au-delà du profit, peut devenir un levier de survie, de dignité et d’espoir.
Soliri Charlotte

