• 7 mars 2026
  • N'Djamena

Révision constitutionnelle : le Parlement adopte les amendements à une large majorité

Révision constitutionnelle : le Parlement adopte les amendements à une large majorité

Au Palais de la Démocratie, députés et sénateurs se sont réunis, le vendredi 3 octobre 2025, en séance plénière pour examiner le rapport de la commission spéciale mixte paritaire sur la proposition de loi constitutionnelle. Initialement prévu pour le 13 octobre, le vote a été anticipé et a abouti à une adoption quasi unanime : 236 voix pour, aucune contre, sur 257 parlementaires inscrits. Le texte a été présenté par le Mouvement patriotique du salut (MPS), avec le soutien d’environ 200 partis politiques.

Pour plusieurs élus, ce vote marque un tournant historique. « On a marqué l’histoire. C’est la première fois que le Congrès et le Parlement se réunissent et qu’on parvient à adopter un projet de loi portant modification de la Constitution. C’est un sentiment de joie », a déclaré le député Tailla N’Dolassem.

Son collègue N’garbatna Lamane a, pour sa part, souligné la portée institutionnelle du texte : « Certains se demandent quel impact cela aura sur le quotidien des Tchadiens. Mais le rôle de la Constitution n’est pas de résoudre directement les problèmes sociaux. Elle doit d’abord garantir le fonctionnement de nos institutions et nous doter d’un texte qui nous ressemble. »

Tous les élus n’ont toutefois pas adhéré à la démarche. Le groupe parlementaire du Rassemblement national des démocrates tchadiens Le Réveil (RNDT/Le Réveil), dirigé par l’ancien Premier ministre Pahimi Padacké Albert, a boycotté le vote en quittant la salle. Dans une lettre adressée aux parlementaires, le sénateur Mbaïgolmem Sébastien a qualifié la révision d’« inconstitutionnelle et autoritaire ». Selon lui, ce projet « ne rend pas service » au chef de l’État : « L’histoire vous observe, le peuple vous regarde et la jeunesse attend de vous non pas une adhésion à une manœuvre politique, mais une vision courageuse et réformatrice. »

Le texte adopté introduit plusieurs modifications majeures. Le mandat présidentiel passe de cinq à sept ans, tandis que celui des parlementaires est désormais fixé à six ans, contre cinq auparavant. Il prévoit également la création d’un poste de Vice-Premier ministre, chargé de renforcer la coordination gouvernementale et d’assurer l’intérim en cas d’empêchement du Premier ministre. Par ailleurs, la révision corrige certaines incohérences techniques, notamment sur les délais de contestation des élections présidentielles, et lève l’interdiction faite au chef de l’État de diriger un parti politique , une disposition présente dans la VIᵉ République, mais absente de plusieurs constitutions africaines.

Pour les partisans de la réforme, ces changements visent à harmoniser les mandats, réduire les coûts électoraux et garantir la continuité institutionnelle. La création du poste de Vice-Premier ministre est perçue comme une mesure d’ouverture et de renforcement de la gouvernance.

Toutefois, la réforme ne fait pas l’unanimité. Ses détracteurs y voient une manœuvre politique destinée à consolider le pouvoir en place. Au-delà du vote massif, la question centrale reste celle de l’adhésion populaire.

La révision constitutionnelle ouvre désormais une nouvelle phase dans le paysage politique tchadien. Sa mise en œuvre concrète permettra de juger de sa capacité à répondre aux attentes en matière de stabilité, d’efficacité institutionnelle et d’inclusivité démocratique.

Almoumine Djiddi Bichara