Les propos récemment tenus par le Ministre des Télécommunications et de l’Économie numérique, Dr Boukar Michel, lors de son passage au journal télévisé de Manara Radio-Télévision, continuent de faire couler beaucoup d’encre. Le Ministre a affirmé, de manière catégorique, qu’aucun réseau des opérateurs Orange ni MTN n’est actif sur le territoire tchadien.
Une déclaration officielle qui a rapidement été contredite par de nombreux témoignages citoyens. Sur les réseaux sociaux comme dans plusieurs quartiers périphériques de la capitale, des usagers affirment capter régulièrement les signaux de ces deux opérateurs, notamment dans les zones frontalières. Certains rapports font même état d’interpellations de jeunes soupçonnés d’usage commercial de ces réseaux, renforçant ainsi la perception d’un décalage entre la communication officielle et la réalité du terrain. Interpellée par la polémique, l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP), par la voix de son Directeur général Haliki Choua Mahamat, a reconnu l’existence de ces réseaux. Il a toutefois précisé que des mesures restrictives avaient été mises en œuvre pour en réduire la portée, notamment dans les zones frontalières sensibles. Afin de vérifier les faits, une équipe de Manara s’est rendue sur le terrain. À Sabangali, Farcha et Walia, plusieurs habitants ont confirmé la présence intermittente de signaux Orange et MTN. Des captures d’écran ainsi que des démonstrations en temps réel ont été présentées aux journalistes, venant contredire les propos du ministre.
Cette divergence entre discours institutionnel et constats empiriques soulève plusieurs interrogations : s’agit-il d’un simple défaut d’information, d’un dérapage communicationnel, ou d’une volonté politique de minorer un sujet sensible lié à la souveraineté numérique du pays ? Au-delà des considérations techniques, cette affaire met en lumière un fossé préoccupant entre les réalités vécues par les citoyens et les positions affichées par les autorités. Pour une partie de l’opinion publique, ce décalage affecte directement la crédibilité des institutions publiques.
Des voix s’élèvent pour appeler à une meilleure transparence, à un renforcement des dispositifs de régulation transfrontalière, mais aussi à une communication plus sincère, posée et techniquement fondée. Car derrière ces réseaux captés ou bloqués se jouent des enjeux majeurs : économiques, sécuritaires, diplomatiques et en définitive, la confiance entre l’État et ses citoyens.
Yohane Djimet Djibrine

