• 6 mars 2026
  • N'Djamena

Portrait: Raouda Hamat Bong Awaré, nouvelle voix contre la dépigmentation.

Portrait: Raouda Hamat Bong Awaré, nouvelle voix contre la dépigmentation.

Qui est cette jeune auteure de 23 ans, qui ose dire non à l’effacement de soi et érige sa plume en arme contre la dépigmentation ?

Raouda Hamat Bong Awaré est une écrivaine tchadienne dont le livre «Ma peau, mon pouvoir : stop à la dépigmentation» suscite de nombreux débats. En effet, à travers ses écrits et ses prises de parole sur les réseaux sociaux, elle s’impose progressivement comme une nouvelle et courageuse voix dans la lutte contre ce fléau. Celui-ci séduit encore de nombreuses jeunes filles qui, bien souvent, demeurent inconscientes des dangers liés à la dépigmentation sur le temps long, aussi bien au Tchad que dans d’autres pays africains.

Son parcours figuratif commence en 2008-2009 à l’école primaire Al-Daoud d’Abéché, où elle obtient en 2014 son CEPET dans le département de Ouara, province du Ouaddaï. Ensuite, elle poursuit ses études secondaires au lycée bilingue Hisseine Mahamat Itno d’Abéché, établissement dans lequel elle réussit d’abord le BEF en 2018, puis le baccalauréat série D. Par la suite, elle rejoint l’Université de Yaoundé II-Soa au Cameroun avant de finaliser ses études supérieures à l’Université Toumaï au Tchad. C’est ainsi qu’en 2024, elle décroche sa licence en finance, option sciences économiques et gestion, avec une moyenne de 17,50/20, mention très bien.

En parallèle de son cursus universitaire, elle multiplie les stages et les formations professionnelles, ce qui lui permet de renforcer ses compétences en leadership et en art oratoire. De ce fait, elle occupe aujourd’hui la présidence de l’Association des Femmes Oratrices (AFO) et dirige l’École d’Art Oratoire et du Leadership du Tchad.

Au-delà de ce brillant parcours académique et professionnel, Raouda se distingue aussi et surtout par son engagement acharné contre la dépigmentation. Écrire pour guérir l’obsession de la dépigmentation préoccupe le point d’orgue de sa plume. Dans son premier livre comme dans ses interventions publiques, elle dénonce avec vigueur et véhémence les dangers de cette pratique de notre époque qui fragilise la santé mais aussi l’estime de soi des jeunes femmes.

À ce sujet, elle explique « Je me bats contre la dépigmentation de la peau, et ce n’est pas toujours facile. Certaines filles me disent : Garde tes conseils pour toi, mais d’autres me remercient sincèrement. Ce qui compte pour moi, c’est qu’au moins quelques-unes prennent mes conseils au sérieux et en prennent conscience.»

Selon elle, la dépigmentation relève d’une forme d’aliénation, de colonisation de la conscience et de souffrance silencieuse, souvent entretenue par le mimétisme ou la pression sociale. C’est pourquoi elle interpelle directement, sans détour :« Avec tout le respect que je leur dois, je leur ai dit que c’est dangereux. J’ai pris le temps de leur expliquer que cette quête de changement est en réalité une maladie, une sorte de complexe d’infériorité. C’est un investissement dangereux pour la santé. Dieu a créé chaque personne avec sa propre beauté : il est essentiel de s’accepter et de célébrer son unicité. »

Ainsi, par sa détermination et la force de son engagement, Raouda Hamat Bong Awaré incarne une nouvelle génération de femmes leaders qui osent dire non aux standards de beauté imposés par l’Occident. Par ailleurs , elle célèbre la beauté africaine comme les penseurs de la Négritude. À travers sa plume, ses actions de sensibilisation et son investissement associatif, elle contribue à tracer le chemin d’une jeunesse confiante, fière, consciente de sa véritable valeur et du leg divin.

Cheik Souleyman