Née à Bebalem et ayant grandi à Bénoye, dans le Logone occidental, cette femme de 42 ans refuse de laisser son handicap entraver sa marche. Là où la précarité pousse parfois à la résignation, cette mère de six enfants a choisi la dignité du fil et de l’aiguille. Entre son atelier de couture et son foyer, elle dessine chaque jour les contours d’une vie autonome aux côtés de son époux Francesco, prouvant que la volonté reste le plus puissant des moteurs.

Le regard est déterminé, le geste précis. Pour Nekalro Félicité, le handicap n’est jamais synonyme de renoncement. Bien au contraire. À 42 ans, cette mère de famille incarne une force tranquille. Une femme qui, malgré les obstacles, a choisi de transformer chaque difficulté en opportunité.
Dans un contexte où la précarité pousse parfois les plus vulnérables vers la mendicité, Nekalro Félicité a fait un choix différent. Pour elle, tendre la main n’est jamais une option. Elle préfère travailler de ses propres mains. Alors, elle s’est tournée vers la couture. Aiguille, fil et tissu sont devenus ses outils de combat quotidien. « Je ne voulais pas que mes enfants voient leur mère demander, mais plutôt leur mère créer. C’est ainsi que j’ai suivi une formation de neuf mois à Moundou. Après cela, on m’a dotée d’une machine à coudre, d’une table, d’un tabouret et d’un fer à repasser. C’est avec cela que j’ai commencé. Aujourd’hui, la couture me permet de subvenir à nos besoins, notamment la scolarité de mes enfants et leurs vêtements. J’ai aussi formé mes deux premiers enfants à la couture », déclare-t-elle.
Pour Nekalro Félicité, la couture est bien plus qu’un simple métier. C’est le pilier qui soutient toute sa famille. Malgré son handicap, elle parvient à assurer une autonomie financière à son foyer.
Mariée à Djékoula Francesco, lui aussi couturier et en situation de handicap, Nekalro Félicité forme avec son époux un duo aussi soudé que courageux. Dans leur petit atelier, le couple travaille côte à côte. Ensemble, ils défient les préjugés et s’efforcent de bâtir un avenir stable pour leurs enfants. « Nous nous sommes mariés il y a aujourd’hui plus de 27 ans. Nous avons eu six enfants, mais malheureusement trois sont décédés. Notre handicap n’est pas un frein à notre union. Nous faisons tout ensemble. Je suis fier de l’avoir pour épouse », a déclaré son époux, Djékoula Francesco.
Au fil des années, le talent de la couturière a fini par faire oublier son handicap. Ce qui aurait pu être un obstacle est devenu sa marque de courage. Chaque vêtement qu’elle confectionne raconte une victoire sur les difficultés du quotidien.

Mais Nekalro Félicité ne compte pas s’arrêter là. Animée par de grandes ambitions, elle rêve d’ouvrir un centre de formation en couture destiné aux personnes vivant avec un handicap. Un projet qui, selon elle, pourrait offrir à d’autres la même chance qu’elle : celle de vivre dignement grâce à leur travail. À travers son parcours, Nekalro Félicité rappelle que la dignité ne dépend pas des limites du corps, mais de la force de la volonté.
OUMAROU ABBA

