• 6 mars 2026
  • N'Djamena

Pala : Le prix du maïs chute de moitié, les ménages respirent, les commerçants suffoquent

Pala : Le prix du maïs chute de moitié, les ménages respirent, les commerçants suffoquent

Le marché de Pala est actuellement le théâtre d’un bouleversement économique majeur. Le prix du sac de maïs de 100 kg, qui oscillait entre 30 000 et 32 000 FCFA à la même période en 2024, s’est effondré pour atteindre cette année un plancher de 16 500 à 18 000 FCFA, selon la qualité et la quantité. Il s’agit d’une chute de près de 50 %, à contre-courant des tendances habituelles où la demande excède largement l’offre en milieu rural à cette saison.

Cette année, on peut enfin remplir nos marmites

Pour les habitants de Pala et de ses environs, cette baisse spectaculaire représente une véritable aubaine. Aliment de base incontournable, le maïs voit son prix divisé par deux, ce qui allège considérablement les dépenses alimentaires des ménages en période de soudure. Dans les quartiers comme dans les zones rurales, cette évolution est perçue comme une bouffée d’oxygène. « Cette année, on peut enfin remplir nos marmites sans se ruiner », confie une mère de famille rencontrée sur le marché central.

Nous avons contracté des emprunts auprès de structures de microfinance pour acheter nos stocks. Maintenant,

En revanche, pour les commerçants et spéculateurs, l’heure est à la désillusion. Habitués à stocker le maïs durant les périodes d’abondance pour le revendre à prix fort en saison sèche, ils se retrouvent aujourd’hui piégés par la dégringolade des prix. Plusieurs d’entre eux refusent de s’exprimer publiquement, préférant la discrétion face aux pertes colossales enregistrées. « Nous avons constitué nos stocks entre novembre et décembre, quand le sac valait encore 22 000 FCFA. Aujourd’hui, nous le cédons à 17 000 ou 18 000 FCFA. Imaginez, nous perdons 5 000 FCFA par sac. C’est énorme ! », confie l’un d’eux, sous couvert d’anonymat.

Une commerçante visiblement éprouvée ajoute : « Nous avons contracté des emprunts auprès de structures de microfinance pour acheter nos stocks. Maintenant, nous sommes obligés de vendre à perte. Où allons-nous trouver la différence pour rembourser nos dettes ? »

Ces témoignages traduisent une crise silencieuse chez les acteurs intermédiaires du commerce local, pris au piège d’un marché devenu imprévisible.

À l’horizon, les perspectives confirment une tendance baissière généralisée. L’arrivée imminente du manioc frais sur les marchés pourrait accentuer la diminution des prix des denrées de première nécessité. Une conjoncture qui profiterait davantage aux consommateurs, tout en stimulant le pouvoir d’achat local. Cette dynamique positive pourrait, à moyen terme, transformer durablement les équilibres économiques de la province, notamment à l’approche de la rentrée scolaire.

La question reste posée : s’agit-il d’un simple aléa de marché ou d’un changement plus profond dans les dynamiques commerciales de la région ? Une chose est sûre : les ménages de Pala souffriront moins cette année pour s’approvisionner en maïs. Une économie d’échelle significative qui redonne un peu d’espoir aux familles les plus modestes, dans un contexte national toujours fragile.

Oumarou Baba, Correspondant