Acheter un simple pain ou prendre un taxi à N’Djamena peut rapidement tourner au cauchemar. La raison est simple : la difficulté persistante à trouver de la monnaie – pièces ou petites coupures. Ce problème, aussi banal qu’essentiel, complique le quotidien des habitants et freine les échanges économiques les plus élémentaires.
Dans la pratique, que ce soit dans les boutiques, les marchés ou même les supermarchés, obtenir son reliquat relève parfois de l’exploit. Face à cette impasse, certains clients préfèrent abandonner leur achat, tandis que d’autres laissent leur monnaie par dépit, pour ne pas perdre de temps. Selon de nombreux conducteurs de moto-taxis, cette situation ralentit les activités commerciales et crée des tensions inutiles.
Dans les transports en commun également, la situation est tout aussi tendue. Il n’est pas rare d’assister à des disputes entre apprentis, chauffeurs et passagers pour une simple pièce de 100 francs CFA. Le plus souvent, c’est parce qu’un passager n’a pas annoncé à l’avance qu’il n’avait pas de monnaie. Conséquence : incompréhensions, énervement, voire altercations, dans un climat déjà marqué par la pression du quotidien.

Pourtant, des solutions existent. Il y a quelques mois, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) avait lancé un appel aux commerçants et aux citoyens, les invitant à échanger leurs grosses coupures contre des pièces ou des billets de petite valeur. Cependant, ce message semble être resté lettre morte. D’après plusieurs consommateurs, certains commerçants feignent de ne pas avoir de monnaie afin de contraindre les clients à acheter davantage.
Par ailleurs, d’autres pratiques viennent aggraver la situation. Certains citoyens enferment volontairement leurs pièces dans des bouteilles, dans un souci d’épargne, tandis que des artisans ou orfèvres les détournent pour fabriquer des objets d’art. Ainsi, la circulation normale de la monnaie est altérée. En réalité, le manque de monnaie à N’Djamena dépasse le simple désagrément du quotidien : il constitue un frein à la fluidité des transactions, alimente les frustrations et ralentit une économie déjà fragile. Or, en 2025, alors que la BEAC a mis en circulation de nouvelles gammes de pièces, cette pénurie aurait dû être atténuée, voire résolue.
Face à ce phénomène préoccupant, la population attend des mesures concrètes, mais aussi un sursaut de responsabilité individuelle. Car au-delà des institutions, c’est à chaque citoyen, commerçant ou usager, de jouer son rôle dans la bonne circulation de la monnaie. Il faut rappeler que l’économie a besoin d’un argent qui circule, et non d’un argent thésaurisé, enfermé ou détourné de sa fonction première.
Enfin, ce petit problème cache un enjeu plus large, dont l’impact social et économique est loin d’être négligeable. Il est peut-être temps que le bon sens l’emporte.
Togbe Betoubam Ruben

