• 6 mars 2026
  • N'Djamena

N’Djaména: Ces enfants protègent nos engins, mais qui les protège, eux ?

N’Djaména: Ces enfants protègent nos engins, mais qui les protège, eux ?

Ces fragiles mendiants de l’espoir sont nombreux à vivre contre vents et marées dans les dédales de la capitale tchadienne. De ce fait, au fil de l’évolution, le phénomène du travail des enfants prend de l’ampleur et, de surcroît, passe sous silence,  au vu et au su de tous  sans moindre état d’âmes. Leur activité s’exerce de manière peu orthodoxe devant les lieux de vente publique. En effet, chaque soir, ils sont des dizaines à se regrouper aux abords des sandwicheries, restaurants, grillades de viande, etc. Âgés de 8 à 12 ans, la survie les pousse à la rue, ils cherchent à se rendre utiles, avec un morceau de carton à la main comme moyen d’action, espérant gagner quelques pièces pour subvenir à leurs besoins , dans l’espoir de joindre l’utile à l’agréable.

Dès qu’une moto ou une voiture se gare, ils se précipitent pour poser leur « outil de travail » sur la selle ou le pare-brise, protégeant l’engin de la poussière ou du soleil, ainsi ces enfants protègent nos engins, mais qui les protége, eux? À la sortie, certains clients leur tendent quelques pièces en guise de remerciement ou de compassion. D’autres, au contraire, d’un regard ou d’un geste sec, les repoussent violemment comme des malpropres, parfois les insultent ou les chassent sans la moindre humanité. Mais derrière ces gestes anodins se cache une réalité plus profonde: celle d’enfants livrés à eux-mêmes dans une ville où la pauvreté, la faim, l’orphelinat, la maltraitance , le désœuvrement et d’autres motifs qui les dépassent forcent les plus jeunes à chercher leur survie dans la rue.

Mbaïguedem Josias, âgé de 10 ans, rencontré devant un restaurant de Moursal, raconte son histoire : « Mon papa est décédé l’année passée dans un accident. Ma mère est commerçante. Elle part très tôt le matin au marché, alors je viens ici pour gagner un peu d’argent afin d’acheter à manger avant son retour. »

Pour d’autres, c’est le suivisme qui les attire. Djerassem Maxime, 11 ans, explique :« Quand mes amis viennent ici, ils gagnent de l’argent. Alors je fais comme eux. »

Derrière ces paroles, déclarations ou confidences d’enfants se cachent les visages et les vicissitudes d’une enfance brisée, confrontée trop tôt à la dureté et à l’ agressivité de la vie. Ces enfants sont exposés à de graves risques : agressions, violences physiques, pédophilie, enlèvements, accidents de circulation, et surtout à des maladies transmissibles pour ceux qui se nourrissent des restes dans les restaurants (tuberculose, hépatite B, infections digestives, etc.).

Pour ce faire, les parents et la société en gros doivent assumer pleinement leur rôle de protection et d’encadrement. Même dans la pauvreté, il est essentiel de :

  • Encourager les enfants à rester à la maison ;
    Encadrer les enfants en détresse par des associations;
  • Les impliquer dans des activités éducatives ou communautaires plutôt que de les livrer à la rue ;
  • Créer des petits groupes de solidarité familiale entre mères seules pour veiller les unes sur les autres.

Le gouvernement a également un rôle primordial à jouer à travers :

  • Le renforcement des politiques de protection de l’enfance et l’application stricte des lois contre l’exploitation infantile ;
  • La mise en place de cantines scolaires pour garantir au moins un repas par jour aux enfants issus de familles défavorisées ;
  • Le soutien aux familles vulnérables, notamment aux veuves et aux mères seules, par des aides sociales ou des microcrédits.

Du côté des ONG et associations, les organisations de la société civile doivent :

  • Sensibiliser les parents et les communautés sur les dangers du travail des enfants ;
  • Offrir un accompagnement psychosocial et éducatif à ces enfants des rues ;
  • Mettre en place des centres d’accueil et de réinsertion pour leur offrir une alternative sûre et digne.

Ces petits garçons qu’on croise tous les jours devant les sandwicheries ou les restaurants ne sont pas des délinquants, mais plutôt des victimes d’un système social défaillant qui, peu à peu, les déshumanise. Au final, leur présence dans la rue est la conséquence d’un profond manque de protection, de dialogue et de solidarité au sein de la société. Ainsi, il est urgent et essentiel que chacun : parents, autorités, ONG et même simples citoyens , prenne conscience que ces enfants méritent mieux que la rue. Car, au fond, tout enfant protégé, encadré et éduqué aujourd’hui porte en lui non seulement son propre avenir, mais aussi celui d’une famille, d’une nation voire de l’humanité dans sa globalité. ‎

SOLIRI CHARLOTTE