À Gagal, dans le Mayo-Kebbi Ouest, une contradiction économique frappe de plein fouet les ménages. Alors que les greniers regorgent de céréales et de produits vivriers, la vie devient chaque jour plus chère. Les prix des denrées locales s’effondrent, tandis que ceux des produits importés de première nécessité explosent, plaçant la population dans une spirale de précarité.

Au grand marché de Gagal, l’abondance est visible. Les étals débordent de sacs de mil, de maïs, de sorgho et de patates douces. Pourtant, derrière cette profusion se cache une profonde détresse. Les producteurs, confrontés à une surproduction et à l’absence d’infrastructures de stockage et de transformation, sont contraints de vendre à perte. En l’espace d’un an, les prix des produits locaux ont chuté de plus de 50 %, réduisant drastiquement les revenus agricoles.
Faute de silos, d’unités de transformation ou de débouchés organisés, les paysans n’ont d’autre choix que de liquider leurs récoltes dès la période des récoltes, au moment même où les prix sont les plus bas. Cette situation fragilise durablement l’économie locale et décourage les producteurs.
« Nous bradons nos récoltes à vil prix. Le sac de maïs part à 8 000 FCFA et celui d’arachides à 20 000 FCFA. Ces sommes sont dérisoires face à l’immensité de nos besoins. Tandis que nos revenus s’effondrent, les prix du sucre, du savon ou du sel flambent et deviennent inaccessibles. Nous n’avons plus le choix, même si nous avons conscience de courir un risque énorme pour la prochaine période de soudure », confie Dame Djebinon Ivette.
Dans le même sillage, déclare Kaïwé Basile:« Nous ne vivons que du fruit de notre labeur ; nous n’avons aucune autre activité. Nous sommes aujourd’hui obligés de brader nos céréales pour soigner nos enfants, payer leur scolarité et acheter les condiments nécessaires aux repas. Cette année est particulièrement éprouvante pour nous».
Dans le même temps, le panier de la ménagère ne cesse de s’alourdir. Dans les boutiques de produits manufacturés, les prix du sucre, du riz importé, des pâtes alimentaires, du savon et du carburant connaissent une hausse vertigineuse. L’augmentation des coûts de transport, la dépendance aux importations et l’inflation mondiale pèsent lourdement sur les ménages.
Ce déséquilibre crée un véritable effet de ciseaux : les revenus tirés de la vente des produits locaux diminuent, tandis que les dépenses pour les biens essentiels augmentent. Résultat, même dans une zone agricole prospère, le pouvoir d’achat recule.
Face à cette situation, les voix s’élèvent pour réclamer une politique plus ambitieuse de valorisation de la production locale. Le développement d’infrastructures de stockage, la création d’unités de transformation, ainsi que la promotion de la consommation des produits du terroir apparaissent comme des leviers indispensables.
Pour de nombreux habitants de Gagal, l’urgence est claire : l’agriculture ne doit plus être une source de vulnérabilité, mais un rempart contre la vie chère. Sans une intervention structurante des autorités, l’abondance agricole risque de demeurer un paradoxe cruel, où la richesse de la terre coexiste avec la pauvreté des hommes.

