• 6 mars 2026
  • N'Djamena

Le port du baya : entre tradition et modernité

Le port du baya : entre tradition et modernité

Traditionnellement, le baya (chaîne de perles portée autour des reins) est bien plus qu’un simple accessoire.Dans de nombreuses cultures africaines, il symbolise la séduction féminine et l’entrée dans la vie de femme, souvent lié au désir de maternité.Les femmes qui le portent sont généralement en âge de se marier ou déjà présentes dans un foyer.

Autrefois,la pratique était fortement encadrée.Une maman témoigne : « Avant, on portait les baya autour de nos reins parce que nos mères nous les imposaient dès la naissance.Elles nous les attachaient et au fur et à mesure qu’on grandissait, elles changeaient la qualité en fonction de nos formes.Une fois en âge de mariage, l’époux devait obligatoirement payer la dot avant de pouvoir les voir, et s’il voulait les enlever, il devait d’abord s’acquitter de ce devoir

Une autre femme ajoute : « Dans notre coutume, si ton mari t’épouse sans payer la dot et que tu décèdes avant lui, il devra payer une forte somme avant ton enterrement. Sinon, il s’expose au malheur. » Ces témoignages illustrent la charge symbolique et spirituelle du baya, qui allait bien au-delà de l’esthétique.Il représentait un lien entre tradition, mariage et respect des coutumes.

Aujourd’hui, les significations évoluent. Pour de nombreuses jeunes femmes, le baya n’est plus seulement un symbole de séduction ou de mariage, mais un accessoire de mode. Certaines choisissent de le porter de manière discrète, caché sous les vêtements, tandis que d’autres l’exposent volontairement.Remadji, 19 ans raconte sans détour : « Moi je porte mes baya à la vue de tout le monde.Je ne cache pas, et en plus, ça attire les hommes. » Cet écart de perception entre les générations relance le débat : faut-il préserver la signification traditionnelle du baya ou l’accepter comme un bijou moderne, détaché de toute symbolique matrimoniale ?

Quoi qu’il en soit, le baya reste un bijou ancestral transmis de génération en génération.Il constitue un héritage culturel précieux et un symbole de fierté dans de nombreuses communautés africaines.Avec la mondialisation et la réappropriation des identités culturelles, son port connaît même un regain d’intérêt, oscillant entre respect des coutumes et expression individuelle.

Soliri Charlotte