• 6 mars 2026
  • N'Djamena

Le désert avance à grands pas dans le Logone Occidental

Le désert avance à grands pas dans le Logone Occidental

Dans la province du Logone Occidental, au sud-ouest du Tchad, la désertification progresse à un rythme alarmant. C’est le constat dressé par Mbaideyo Ngonesara Pascal, coordinateur de l’association Observatoire-Vert, qui œuvre depuis plusieurs années dans la lutte contre la dégradation environnementale. Selon lui, les principaux facteurs de cette situation sont la pression démographique croissante et les pratiques agricoles inadaptées.

Une biodiversité en péril

Depuis plus d’une décennie, la biodiversité du Logone Occidental est soumise à une dégradation rapide. Les départements de Ngourkosso, de Guéni et une partie de celui du Lac Wey sont particulièrement touchés. Sur le terrain, les signes sont visibles : disparition progressive du couvert végétal, sols devenus sablonneux et perte de fertilité des terres. Les agriculteurs locaux ne cessent de se plaindre de la baisse des rendements agricoles. « Le désert prend place et avance vers le sud du pays », alerte Mbaideyo Ngonesara Pascal. Travaillant de concert avec les coopératives rurales, l’association Observatoire-Vert tire la sonnette d’alarme : « À Moundou, capitale économique de la province, l’urbanisation attire de nombreux investisseurs et étrangers. Mais dans les zones rurales aussi, la population augmente. Faute d’emplois, les habitants se tournent vers l’agriculture, ce qui les pousse à exploiter intensivement les mêmes parcelles pendant des années, entraînant une disparition progressive de la végétation », explique le coordinateur.

Des causes multiples

Outre les pratiques agricoles, d’autres facteurs aggravent la désertification : la coupe abusive du bois de chauffe, la production de charbon, les feux de brousse allumés pour la chasse, ou encore la monoculture du coton à Ngourkosso, souvent pratiquée avec des engrais chimiques. « Moundou est désormais une vaste zone de pâturage, et cette combinaison d’activités fragilise les sols », poursuit-il.

Un phénomène global, des impacts locaux

Djimrabeye Richard, sociologue et enseignant-chercheur à l’Université de Moundou, partage ce constat. Spécialiste de la gouvernance locale et de la gestion des ressources naturelles, il rappelle que la désertification est un phénomène mondial. « La superficie de la terre reste inchangée, mais la population ne cesse de croître. Le Logone Occidental est la plus petite province du pays, mais aussi la plus dense. Cela accroît la pression sur les ressources naturelles, notamment pour le logement, l’agriculture et le bois énergie », souligne-t-il.

Il ajoute que les conséquences de la désertification se manifestent déjà : « Les saisons sont perturbées, les calendriers agricoles ne sont plus fiables, la production alimentaire est affectée. On observe des vents violents, des déracinements d’arbres, des toitures arrachées, des blessés et même des morts. Les inondations deviennent plus fréquentes et certaines espèces animales autrefois présentes ont disparu. »

Des solutions existent, mais le chemin reste long

Malgré les initiatives entreprises par différents acteurs, la désertification progresse, alimentée par les effets persistants du changement climatique. Dans le Logone Occidental, les zones humides et les prairies se transforment peu à peu en terres arides. Pour ralentir ce processus, les spécialistes s’accordent sur l’urgence d’agir. La réhabilitation des terres dégradées, les campagnes de reboisement et une gestion durable des ressources en eau figurent parmi les stratégies prioritaires à mettre en œuvre.

Dingaorané Stéphane, Correspondant

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